Dieu a toujours été prêt à le pardonner à cette condition ; de sorte que quand le pécheur change de sentiment et se repent, il n’y a pas besoin d’un changement correspondant en Dieu pour lui pardonner. De même quand les chrétiens font monter à Dieu des prières ferventes, cet état de leur âme permet à Dieu de leur répondre par des bénédictions, car il était toujours prêt à accorder ses grâces à ceux qui revêtiraient des dispositions convenables et qui prieraient selon sa volonté.

La prière est un anneau essentiel dans la chaîne des moyens qui conduisent à un réveil ; elle y est aussi nécessaire que la vérité. Quelques-uns ont usé avec zèle de la vérité pour convertir les hommes, et se sont peu appliqués la prière; ils ont prêché, et parlé, et distribué des traités avec une grande ardeur; puis ils se sont étonnés d’avoir si peu de succès. La raison en est qu’ils oubliaient d’user de cet autre moyen, la prière fervente.

 

Ils oubliaient que la vérité ne produira jamais grand effet à elle seule, parce qu’on ne la croira pas sans l’Esprit de Dieu. Il arrive quelquefois que ceux qui s’emploient le plus à propager la vérité, s’emploient beaucoup moins à la prière. C’est malheureux; car, à moins qu’eux-mêmes ou quelqu’un d’autre n’ait l’esprit de prière, la vérité seule ne fera qu’endurcir les hommes dans l’impénitence.

 

Il est probable qu’au jour du jugement, ou verra que rien n’a jamais été effectué par la vérité seule, avec quelque zèle qu’elle ait été présentée, et qu’il a toujours fallu, pour qu’elle agît, qu’il y eût quelque part un esprit de prière qui lui donnât l’accès des cœurs.

D’autres se trompent dans l’autre sens, non qu’ils attachent trop de prix à la prière, mais parce qu’ils oublient le fait que la prière aussi, laissée à elle-même, pourrait rester éternellement inefficace. Les pécheurs ne sont pas convertis par un contact direct du Saint-Esprit, mais par la vérité, employée comme moyen. Attendre la conversion des pécheurs par la prière seule, sans l’emploi de la vérité, c’est tenter Dieu. Mais j’entre dans des détails.

 

I Je me propose de montrer ce que c’est que la prière efficace.
II J’indiquerai quelques-uns des attributs les plus essentiels de la prière efficace.
III J’indiquerai quelques-unes des raisons pour lesquelles Dieu demande cette espèce de prière.
IV Je montrerai que cette prière est d’une grande efficace.

 

 

I Ce que c’est que la prière efficace.

Cette prière ne consiste pas seulement en de bons désirs, quoique de bons désirs soient agréables à Dieu sans aucun doute, le ciel même en est rempli, et on les trouve dans tous les êtres où règne la sainteté. Mais des désirs ne sont pas des prières. Les hommes peuvent avoir des désirs de ce genre comme en ont les anges et les esprits glorifiés. La prière efficace est autre chose; c’est, comme l’impliquent les mots mêmes, une prière, et une prière qui obtient, qui effectue son objet.

 

 

II Quelques-uns des attributs les plus essentiels de la prière efficace

Je vais maintenant donner quelques-uns des attributs de la prière efficace sans pouvoir donner en détails toutes les conditions qui la rendent telle.

1° Il faut prier pour un objet défini.

Il ne faut pas s’attendre à prier d’une manière efficace lorsqu’on prie au hasard et en gros, sans objet distinct ou défini. Parlons, par exemple, de la prière secrète. Bien des gens s’en vont dans leur cabinet, parce que, disent-ils, ils veulent aller faire leur prière. Le moment est venu où ils ont l’habitude de se retirer pour cet exercice ; ce sera le matin, ou à midi, ou à quelque autre moment que ce soit.

Et au lieu d’avoir quelque chose à dire, quelque objet positif devant leur esprit, ils se mettent à genoux, et se mettent à prier pour tout ce qui se présente à leur esprit, pour tel objet qui flotte à ce moment devant leur imagination ; et quand ils ont fini, ils pourraient à peine dire un mot de tout ce qu’ils ont demandé à Dieu. Ce n’est pas là la prière efficace. Que diriez-vous de quelqu’un qui voudrait agir sur le Parlement et qui se dirait : « Voici l’hiver ; le Parlement est assemblé ; c’est le moment de faire des pétitions, » et qui se mettrait à pétitionner sans aucun objet positif ? Pensez-vous que le Parlement s’en occuperait beaucoup ?

Un homme doit donc avoir devant lui, dans sa prière, quelque objet défini. Il ne peut prier d’une manière efficace pour une variété d’objets tout à la fois. L’esprit de l’homme est constitué de telle manière qu’il ne peut fixer ses désirs avec intensité sur plusieurs choses en même temps. Tous les exemples de prière efficace que nous présente la Bible sont dans le genre dont je parle; et partout où vous verrez qu’une bénédiction a été obtenue par la prière, vous trouverez aussi que la prière avait eu lieu pour un objet défini.

 

2° La prière, pour être efficace, doit être d’accord avec la volonté, révélée de Dieu.

Prier pour des choses contraires à cette volonté révélée, c’est tenter Dieu. Or, Dieu a révélé sa volonté aux hommes en trois manières différentes, pour les diriger dans la prière. 1° Par des promesses ou des prédictions positives contenues dans la Bible, portant qu’il fera ou donnera telle ou telle chose : Soit qu’il ait fait des promesses spéciales ou qu’il en ait donné de générales qu’on puisse appliquer au détail, comme par exemple : « Quoi que ce soit que vous désirez quand vous priez, croyez que vous le recevez, et vous l’aurez. »

2° Quelquefois Dieu révèle sa volonté par sa Providence. Quand il montre clairement que tel et tel événement va avoir lieu, c’est aussi bien une révélation que s’il l’avait écrit dans sa Parole. Il était impossible de révéler toutes choses dans la Bible, mais Dieu les rend claires à ceux qui ont assez de discernement spirituel pour connaître qu’il est disposé à accorder telle ou telle bénédiction.

3° Par son Esprit. Quand les enfants de Dieu ne savent, en certaine occasion, ce qu’ils doivent demander à Dieu qui soit conforme à sa volonté, son Esprit vient les instruire. Là où il n’y a pas de révélation particulière, et où sa Providence nous laisse dans l’obscurité, sans que nous sachions en quel sens diriger notre prière, sa Parole nous apprend expressément que « l’Esprit nous soulage de nos infirmités, » et qu’il « intercède pour nous par des soupirs qui ne se peuvent exprimer. »

On a beaucoup parlé de cette prière de la foi sur des choses qui ne sont pas révélées ; et l’on objecte que cette doctrine suppose une nouvelle révélation. Je réponds que, nouvelle ou ancienne, c’est la révélation que Jéhovah a dit qu’il ferait. C’est tout aussi clair que si nous entendions maintenant une voix du ciel qui nous révélerait « que l’Esprit de Dieu vient aider les enfants de Dieu à prier selon sa volonté, quand eux-mêmes ne sauraient ce qu’ils devraient demander. »

Et celui qui « sonde les cœurs connaît l’intention de l’Esprit, » parce qu’il intercède pour les saints selon la volonté de Dieu. Quand donc, ni la Parole, ni la Providence ne leur parlent assez clairement, ils doivent rechercher cette plénitude de l’Esprit que Dieu veut leur accorder; car Il dit : « Soyez remplis de l’Esprit ; » et cet Esprit leur apprendra à demander des choses conformes à la, volonté de Dieu.

 

3° Pour prier avec efficace, il faut prier avec un cœur soumis à la volonté de Dieu.

Mais n’allez pas confondre la soumission avec l’indifférence, il n’y a pas deux choses plus différentes l’une de l’autre. J’ai connu un individu qui arrivait dans un lieu où était un réveil. Il était froid pour son compte ; il n’entrait nullement dans le mouvement religieux, et n’avait nullement l’esprit de prière. Quand il entendit les frères prier comme si Dieu ne pouvait leur refuser leur demande, il fut choqué, dis cette hardiesse ; il ne cessait d’insister sur l’importance de prier avec soumission ; mais on vit bientôt avec une parfaite évidence qu’il confondait la soumission avec l’indifférence.

De même, ne confondez pas la soumission dans la prière avec une confiance générale, que Dieu fera en toutes choses ce qui est bien, cela est bien différent de la soumission. Ce que j’entends par soumission, c’est l’acquiescement à la volonté révélée de Dieu. Se soumettre à un commandement de Dieu, c’est lui obéir.

Se soumettre à quelque décret ignoré de Dieu, qu’on supposera possible, ce n’est pas de la soumission ; on ne peut se soumettre à une dispensation de la Providence jusqu’à ce qu’elle ait eu lieu ; car jamais nous ne pouvons savoir ce que sera un événement jusqu’à ce qu’il arrive. Prenez un exemple : David, lorsque son enfant était malade, était dans la détresse ; il luttait par la prière et refusait toute consolation ; tellement que lorsque l’enfant fut mort, ses serviteurs n’osaient le lui annoncer.

Cependant, aussitôt qu’il eut appris que l’enfant était mort, il posa là toute sa douleur, il se leva, demanda de la nourriture, et mangea et but comme de coutume. Tandis que l’enfant vivait encore, David ne savait ce que serait la volonté de Dieu ; et ainsi il jeûnait et priait et pensait : « Qui peut me dire si Dieu ne me sera pas favorable, de sorte que mon enfant vive ? »

Il ne savait autre chose, si ce n’est que de sa prière et de sa lutte dépendait peut-être la question de vie ou de mort pour son enfant. Il pensait que s’il s’humiliait et que s’il suppliait son Dieu, peut-être Dieu lui ferait grâce de ce coup. Mais dès que la volonté de Dieu fut manifestée et que l’enfant fut mort, il plia comme un saint ; il parut non-seulement acquiescer à la volonté de Dieu, mais même y trouver une sorte de satisfaction : « J’irai à lui, mais il ne reviendra pas à moi ! » Voilà qui était, une véritable soumission; et en cela David raisonnait juste.

Aussi longtemps qu’il n’avait pas de révélation de la volonté de Dieu, il ne savait autre chose, si ce n’est que la guérison de l’enfant pouvait dépendre de sa prière ; mais quand il eut une révélation de la volonté de Dieu, il se soumit. Se soumettre avant une manifestation de ce genre et ne pas prier, c’est tenter Dieu. Il se peut que tout événement dépende d’une prière que vous offrirez convenablement. Dans le cas d’un ami impénitent, il se peut que la véritable condition sous laquelle il sera sauvé de l’enfer soit votre prière fervente et importune en faveur de cet individu.

 

4° La prière efficace pour un certain objet implique l’idée d’un désir de l’obtenir qui soit en proportion avec son importance.

Lorsqu’une personne désire réellement une bénédiction, ses désirs auront quelque proportion à la grandeur de cette bénédiction même. Les désirs de notre Seigneur Jésus-Christ, lorsqu’il demandait une grâce, étaient d’une vivacité étonnante et arrivaient même jusqu’à l’agonie. Lorsque notre désir d’obtenir un objet est véhément, que ce désir provient d’une bonne intention, et que la chose n’est pas contraire à la volonté et à la Providence de Dieu, il est à présumer que notre prière nous sera accordée, et cela par deux raisons.

1° La bienveillance générale de Dieu. Si l’objet est désirable en lui-même ; si, autant que nous pouvons le supposer, ce doit être un acte de la bienveillance de Dieu de nous l’accorder, nous sommes fondés à croire que nous l’aurons.

2° Si nous éprouvons quelque désir bien intentionné à certain égard, il y a une forte présomption que c’est l’Esprit de Dieu qui excite en nous ce désir et qui nous pousse à prier pour cet objet, de manière qu’il soit accordé à notre prière. Dans un cas pareil, il n’y a rien à reprocher à la véhémence du désir ni à ses importunités.

Un chrétien peut monter en quelque sorte au ciel et prendre Dieu par la main. Voyez le cas de Jacob lorsqu’il s’écriait, dans un désir irrésistible et en luttant par la prière : « Je ne te laisserai point aller que tu ne m’aies béni ! » Dieu fut-il offensé de sa hardiesse et de son importunité ? Nullement, Il lui accorda au contraire sa demande. De même dans le cas de Moïse. Dieu lui dit. « Laisse-moi que je les détruise, et que j’efface leur nom de dessous le ciel, et je te ferai être une nation plus puissante et plus grande qu’eux. »

Que fit Moïse ? Est-ce qu’il s’en alla et laissa Dieu faire comme il l’avait dit ? Non. Son esprit se reporte sur les Egyptiens et se représente combien ils vont triompher. « Pourquoi les Egyptiens diraient-ils que Dieu a fait sortir les Israélites pour leur malheur ? » Il semble que Moïse s’empare de la main de Dieu, déjà levée, pour détourner le coup. Est-ce que Dieu le reprit pour s’être ainsi interposé ? Nullement. Il semble que Dieu se sentit incapable de rien refuser à une pareille importunité ; et ainsi Moïse se mit à la brèche et l’emporta en quelque sorte sur Dieu.

Il se fait encore de nos jours des prières de ce genre. Souvent des chrétiens s’élèvent à un tel degré d’importunité et de sainte hardiesse, qu’ils sont effrayés et étonnés eux-mêmes en regardant après coup à l’importunité dont ils ont usé envers Dieu. Et cependant leurs prières ont été exaucées, et ils ont obtenu la bénédiction qu’ils demandaient ! J’en sais beaucoup de ces personnes, et ce sont des plus saintes que je connaisse dans le monde.

 

5° La prière, pour être efficace, doit être offerte par suite de motifs convenables.

Elle ne doit pas être égoïste ; mais elle doit provenir d’un intérêt profond que nous prenons à la gloire de Dieu. Il y a beaucoup de prières qui ne se font que par des motifs égoïstes. Souvent des femmes prient pour la conversion de leurs maris, parce que, disent-elles, « ce serait si doux pour moi que mon mari vînt avec moi aux assemblées, » et il semble ainsi qu’elles n’ont jamais élevé leurs pensées plus haut qu’elles-mêmes.

Elles ne paraissent pas réfléchir combien leurs maris déshonorent Dieu par leurs péchés, et combien Dieu serait glorifié par leur conversion. Il en est de même souvent avec des parents. Ils ne peuvent souffrir la pensée que leurs enfants soient perdus ; ils prient pour eux avec une véritable ardeur ; et cependant si vous vous mettez à leur parler de ces enfants, ces parents ne sont plus que tendresse ; ils vous diront quels braves enfants ce sont déjà, combien ils respectent la religion, et qu’il s’en faut bien peu qu’ils ne soient déjà chrétiens ; et ils parlent ainsi comme s’ils avaient peur qu’on offensât ces enfants en leur annonçant la vérité.

Ils ne pensent pas à quel point ces aimables enfants déshonorent Dieu par leurs péchés ; et ils ne s’occupent que de la pensée du malheur affreux que ce serait s’ils allaient en enfer. Ah ! A moins que leurs pensées ne s’élèvent plus haut que cela, leurs prières ne seront jamais efficaces auprès d’un Dieu saint. La tentation à prier par des motifs égoïstes est si forte, qu’il est bien à craindre qu’une multitude de prières faites par des parents en restent à ces simples soupirs d’une tendresse paternelle ; et c’est là la raison pour laquelle il y a tant de prières qui ne sont pas exaucées et pour laquelle tant de parents pieux ont des enfants irréligieux.

Il semble qu’une grande partie des prières qu’on fait en faveur des païens ne proviennent guère que du principe d’une sympathie toute humaine. Bien des missionnaires, ou d’autres personnes employées à cette cause, en restent presque exclusivement à gémir sur les 600,000,000 de païens qui vont en enfer, tandis qu’on parle peu du déshonneur que le péché jette sur l’Eternel. C’est un grand mal ; et jusqu’à ce que les motifs de la prière des chrétiens soient plus élevés, leurs prières et leurs efforts auront bien peu d’effet.

 

6° La prière, pour être efficace, doit se faire, par l’intercession du Saint-Esprit.

Jamais vous ne pouvez vous attendre à faire une prière conforme à la volonté de Dieu, sans l’Esprit de Dieu. Quand il est évident qu’une chose est conforme à la volonté révélée de Dieu, ou indiquée par sa Providence, si les hommes ne savent pas prier par le Saint-Esprit, c’est par la même raison qui les empêche d’être saints. Le fait est que c’est leur malice qui les empêche de faire alors la prière efficace et de subir l’influence du Saint-Esprit. C’est cet Esprit seul qui peut produire la foi, sans laquelle la prière est inefficace.

 

7° La prière doit être persévérante.

Généralement les chrétiens qui ont reculé, et qui ont perdu l’esprit de prière sont incapables de recouvrer tout à coup la persévérance dans cet exercice. Leurs esprits ne sont pas convenablement disposés, ils ne peuvent les fixer de manière à insister sans interruption jusqu’à ce qu’ils obtiennent la bénédiction.

 

S’ils étaient en état de persévérer jusqu’à ce que la réponse leur vienne, ils pourraient présenter la prière efficace du premier coup. Mais ils sont obligés d’en revenir constamment à de courtes prières, parce que leurs pensées ont le pli de divaguer, et se détournent facilement de leur objet et sur quelque chose d’autre. Jusqu’à ce qu’ils soient imbus de l’esprit de prière, ils sont incapables de se fixer sur un seul point, et de pousser leur demande vers son but final de manière à l’atteindre du premier coup.

 

Ne pensez pas que vous soyez disposés à faire la prière efficace, aussi longtemps que vos sentiments seront de nature à vous permettre de prier un moment pour une certaine chose et de la perdre ensuite de vue. Il y a beaucoup de chrétiens qui n’arrivent à la prière efficace que par une suite d’efforts.

Leurs esprits se remplissent peu à peu d’un désir croissant à l’égard d’un certain objet ; de sorte qu’ils ne vont même à leurs affaires qu’en soupirant pour que Dieu exauce leurs désirs ; comme une mère dont l’enfant est malade tourne autour de la maison, en soupirant comme si son cœur allait se briser.

Si cette mère sait prier, ses soupirs s’élèvent à Dieu tout le long du jour. Qu’elle sorte de la chambre où est son enfant, son esprit y reste, et dans son sommeil même, ses pensées sont encore sur lui, et ses songes le lui représenteront mourant: tout son esprit est absorbé par cet enfant malade. C’est là l’état dans lequel les chrétiens offrent la prière efficace.

Quelle fut la raison pour laquelle Jacob lutta toute une nuit en prière avec Dieu ? Il avait gravement offensé son frère Esaü, en lui enlevant son droit d’aînesse, quoiqu’il y eût déjà longtemps de cela. Il apprend maintenant que ce frère offensé s’avance vers lui en armes, et qu’il est lui-même incapable de lui résister.

Il a toutes les raisons de croire que ce frère s’avance avec des désirs de vengeance. Il a donc deux motifs de détresse : La première, c’est qu’il avait fait tort à son frère, et qu’il ne lui avait jamais fait de réparation ; le second, c’est qu’Esaü arrivait avec des forces suffisantes pour le punir. Maintenant, qu’est-ce qu’il fait ? Il arrange chaque chose de la manière la plus propre à apaiser son frère.

Il envoie d’abord un présent puis tout le reste de son avoir, puis sa famille même, en plaçant le plus en arrière ceux qu’il aimait le plus. Mais en même temps son esprit était travaillé par des sentiments qu’il ne pouvait plus contenir. Il passe seul le torrent, et il répand toute son âme en prières ardentes pendant toute la nuit.

Au point du jour l’ange de l’alliance lui dit : « Laisse-moi aller. » Tout l’être de Jacob se bouleverse à la pensée d’abandonner ainsi son objet, et il s’écrie : « Je ne te laisserai point aller que tu ne m’aies béni ! » Son âme arrive à une véritable agonie, et il obtient la bénédiction. Mais il porta pour le reste de sa vie, les marques de ce combat, comme pour montrer que son corps même avait été affecté des combats de son âme. Voilà la prière efficace.

Ne vous trompez pas vous-mêmes en imaginant que vous faites des prières efficaces, à moins que vous n’ayez ce désir intense d’être exaucés que nous venons de décrire. Je ne vous en croirai pas ; la prière n’est pas efficace à moins qu’elle ne devienne une véritable lutte. L’apôtre Paul en parle comme un travail d’enfantement.

Jésus, quand il priait dans le jardin, était dans une telle agonie, qu’il sua comme des gouttes de sang tombant en terre. Je n’ai jamais connu de personnes qui suassent du sang ; mais j’en ai connu qui priaient jusqu’à être couvertes de sueur dans le plus grand froid de l’hiver ; et d’autres qui priaient des heures entières de suite jusqu’à ce que leurs forces fussent complètement épuisées.

Voilà des prières qui sont efficaces auprès de Dieu. Voilà aussi l’espèce de prière qui se répandait du temps du président Edward, dans les beaux réveils qui eurent lieu alors. C’était une des grandes pierres d’achoppement pour les ennemis de ces réveils que de voir des personnes prier jusqu’à ce que leur corps en fût presque accablé. Je veux vous lire à ce sujet un paragraphe du célèbre président Edward, pour vous montrer que ceci n’est pas une chose nouvelle dans l’Eglise, mais qu’elle a toujours eu lieu partout où il y a eu des réveils puissants. Ce passage est tiré de ses Pensées sur les Réveils.

« Nous ne pouvons pas décider que Dieu ne donnera jamais à personne une vue de sa corruption telle que le corps en soit profondément éprouvé ou sa vie même mis en danger. Des théologiens très savants et judicieux supposent que Moïse mourut d’une manière semblable ; et on l’a supposé encore de quelques autres saints personnages. Je dis plus. Je ne vois aucune raison pour laquelle les vérités religieuses n’agiraient pas quelquefois sur le corps et en particulier sur le cerveau, de manière à priver un homme de l’usage de sa raison.

Quand Dieu accorde à un homme une vue profonde de ce qu’est sa sainteté et son amour, ce bienfait est infiniment supérieur au malheur (apparent) de mourir sur le champ ou même de voir l’âme paralysée pour quelque temps, étant privée de ses facultés ou de ses organes. Il n’est pas en notre pouvoir de décider à quel point la folie est un malheur, quand on réfléchit à tout ce qui aurait pu arriver si elle n’avait pas eu lieu ; et il est impossible de décider si elle n’a pas prévenu quelque péché grave ou quelque autre malheur aussi grave.

C’est une grande faute de notre part de vouloir limiter un Dieu souverain et tout sage, dont les jugements sont un profond abîme, et dont les voies sont insondables ; et c’est même une chose remarquable, au milieu du mouvement religieux si puissant qui a eu lieu parmi nous, et de ses effets étonnants sur la santé d’une foule de personnes, qu’il n’y ait point eu de cas de mort, et que le petit nombre de personnes qui ont été affectées dans leur intelligence aient toutes été des personnes déjà prédisposées par leur tempérament à cette épreuve.

On peut voir en cela la main de Dieu. Et à moins qu’on ne soit résolu à ramasser tout ce qui peut faire objection à l’œuvre de Dieu, on ne peut nullement partir d’un petit nombre de cas de folie qui se manifestent à l’époque d’un réveil pour en accuser le réveil lui-même.

« Quant aux reproches qu’on fait à plusieurs personnes d’être affectées avec trop de violence de l’état spirituel des pécheurs inconvertis, on a presque honte de répondre à une aussi pauvre objection. Ce n’est pas sans une émotion profonde que nous voyons des hommes périr dans l’eau ou dans le feu, et nous les verrions sans terreur marcher au-devant de la colère d’un Dieu saint, et des peines éternelles !... »

Il en a toujours été ainsi dans les grands mouvements religieux et la chose a été plus ou moins commune à proportion de la grandeur, de l’étendue et de la profondeur de l’œuvre. Il en a été ainsi dans les grands réveils de l’Ecosse, des multitudes étaient comme atterrées par l’agonie de leurs prières; quelques-uns semblaient près d’en mourir.

 

8° Si vous voulez prier avec efficace, il vous faut prier beaucoup.

On dit de l’apôtre Jacques qu’après sa mort on trouva ses genoux calleux comme ceux d’un chameau, tant il avait prié à genoux. Ah ! C’était là le secret du succès de ces ministres des premiers temps.

 

9° Si vous voulez que votre prière soit efficace, il faut l’offrir au nom de Christ.

Vous ne pouvez vous présenter à Dieu en votre propre nom ; vous ne pouvez vous appuyer sur vos mérites ; mais vous pouvez vous présenter en un nom qui est toujours acceptable. Si vous vous présentiez à la banque avec une traite endossée par Rothschild, (l’auteur emploie ici l’exemple d’un riche Américain), ce serait vous couvrir de son nom ; et vous savez que la banque vous donnait votre argent aussi bien qu’à lui-même.

Or Jésus vous permet de vous servir de son nom ; et lorsque vous priez au nom de Christ, cela signifie que vous pouvez obtenir juste autant que lui-même ; oui, obtenir juste autant qu’obtiendrait le Fils bien-aimé de Dieu, s’il priait lui-même pour les mêmes choses. Mais il vous faut prier avec foi, en vous souvenant que son nom a la même vertu sur vos lèvres qu’il aurait sur les siennes, et que Dieu est tout aussi disposé à vous bénir, quand vous le lui demandez au nom de Christ et par la foi, qu’il le serait à bénir le Christ lui-même, s’il le lui demandait.

 

10° Pour que votre prière soit efficace, il faut renoncer à tous vos péchés.

Il ne vous suffit pas seulement de les rappeler dans votre esprit et de vous en repentir; mais il vous faut y renoncer actuellement, les abandonner; et dans la pensée de votre cœur les quitter tous et pour toujours.

 

11° Il vous faut prier avec foi, c’est-à-dire vous attendre à obtenir ce que vous demandez.

Vous ne devez pas penser à prier si vous priez sans vous attendre à être exaucé ; vous ne devez pas, il est vrai, concevoir une attente de ce genre sans raison ; et dans les cas que j’ai supposés, il y a une raison à cette attente. Or, quand la chose pour laquelle vous priez est promise dans la Parole de Dieu, si vous priez sans vous attendre à recevoir la grâce, vous faites Dieu menteur.

Si la volonté de Dieu est indiquée par sa Providence, vous devez vous y fier en proportion de la clarté des indices, si du moins vous priez pour obtenir la bénédiction. Et si vous êtes conduit par son Esprit, à demander certaines grâces, vous avez autant de raisons de les attendre que si Dieu les avait révélées clans sa Parole.

Mais quelques-uns diront : « Est-ce que ces vues d’une direction de l’Esprit de Dieu n’en mèneront pas plusieurs au fanatisme ? » Je réponds que je n’ai aucun doute, que plusieurs ne se tromperont sur ce point ; des multitudes se sont séduites elles-mêmes sur tous les autres points de la religion.

Mais si quelques-uns s’imaginent d’être conduits par l’Esprit de Dieu, tandis qu’ils ne le sont que par leur imagination, est-ce une raison pour que ceux qui sont réellement conduits par l’Esprit de Dieu ne suivent pas son impulsion ? Bien des gens s’imaginent être convertis quand ils ne le sont pas, est-ce une raison pour que nous ne nous attachions pas au Seigneur Jésus-Christ ? Supposons que certaines gens se trompent en s’imaginant aimer Dieu.

Est-ce une raison pour que l’homme pieux et véritablement sanctifié, qui sait que l’amour de Dieu est répandu dans son cœur, ne donne pas essor à ses sentiments dans les chants de louange ? De même, je suppose que plusieurs pourront se tromper en pensant qu’ils sont sous la conduite de l’Esprit de Dieu.

Mais rien ne nous oblige à nous tromper. Si des gens suivent des impulsions, c’est leur faute ; je ne vous demande pas de suivre des impulsions ; je vous demande, au contraire, d’être sobres dans vos esprits, et de suivre les directions sobres et rationnelles de l’Esprit de Dieu. Il y en a qui comprennent ce que je veux dire et qui savent très bien ce que c’est que de s’abandonner à l’Esprit de Dieu dans la prière.

 

 

III Quelques-unes des raisons pour lesquelles les conditions que nous venons d’indiquer sont essentielles à la prière efficace.

Pourquoi Dieu demande-t-il une telle prière, des désirs si véhéments, une telle lutte dans les supplications ?

1° Ces désirs si véhéments sont un grand exemple de là puissance des sentiments que Dieu produit en nous.

Et ils ressemblent à ceux que Dieu lui-même éprouve réellement pour les pécheurs impénitents. A chaque occasion où j’ai vu, et je l’ai vue quelquefois, la puissance étonnante d’amour pour les âmes qui peut animer un cœur chrétien, j’ai été rempli d’admiration pour l’amour de Dieu lui-même, et pour le désir qu’il a du salut des hommes.

Le cas qui a fait sur moi le plus d’impression est celui d’une certaine femme dont parle l’histoire d’un réveil ; elle sentait une telle compassion pour les âmes de ses semblables qu’elle en éprouvait souvent un véritable étouffement. Que doit donc être la force du désir que Dieu éprouve à cet égard, puisque son Esprit produit dans les chrétiens une pareille agonie, et de pareilles douleurs d’enfantement ? Oui, des douleurs d’enfantement! C’est Dieu qui a choisi cette expression; et c’était aussi la meilleure qu’il pût prendre.

J’ai vu un homme, tout à la fois d’une force d’intelligence et d’une force musculaire égales à celles d’aucun autre dans toute la commune, tomber par terre prosterné et complètement terrassé par le désir inexprimable, qui le travaillait du salut des pécheurs. Je sais que des choses de ce genre en surprennent et en déconcertent plusieurs ; c’est ce que l’Evangile appelle un scandale et il en sera toujours ainsi, tant qu’il restera dans l’Eglise des hommes stupides et aveugles qui font profession de croire sans avoir pourtant la foi.

Mais je ne puis douter que ces choses ne soient l’œuvre de l’Esprit de Dieu. Oh ! Si l’Eglise entière pouvait être remplie de cet Esprit, de manière à souffrir les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce qu’une nation fût enfantée en un jour.

Il est dit dans la Parole de Dieu « qu’aussitôt que Sion eût éprouvé les douleurs de l’enfantement, elle enfanta. » Qu’est-ce que cela signifie ? Je faisais un jour cette question à un homme qui professait être chrétien, dans un moment où il me faisait des objections sur nos idées de la prière efficace, « Oh !» Me dit-il, « ce travail de Sion dont vous parlez indique qu’aussitôt que ‘Eglise marchera dans un même sens pour professer l’Evangile, on dira que Sion travaille bien ! » Vous voyez, mes frères, quelle explication et comment cet homme entendait les Ecritures.

 

2° Les désirs véhéments que j’ai décrits sont le résultat nécessaire d’une grande bienveillance et d’une vue claire du danger que courent les pécheurs.

Ces désirs sont donc parfaitement raisonnables. Si mon auditoire, et surtout les femmes qui se trouvent ici, voyaient là vis-à-vis une famille enveloppée dans les flammes ; si elles entendaient leurs cris et voyaient leur agonie, sans doute elles en seraient alarmées, et il est bien probable que plusieurs d’entre elles s’évanouiraient de terreur.

Et personne n’en serait étonné, ni ne les accuserait de folie ou de fanatisme pour éprouver de la détresse à une pareille vue : Au contraire, on trouverait bien étrange qu’il n’y eût aucune expression pareille d’une vie sympathie. Pourquoi donc s’étonnerait-on que des chrétiens éprouvassent des impressions de ce genre lorsqu’ils ont une vue claire de l’état des pécheurs et de leur effroyable danger ?

Le fait est bien plutôt que ceux qui n’ont jamais éprouvé de pareilles impressions, n’ont jamais non plus éprouvé une bienveillance réelle, et que leur piété doit être extrêmement superficielle. Je ne désire pas juger avec sévérité, ou parler de manière à offenser qui que ce soit ; mais j’établis un simple fait, et on en dira ce qu’on voudra.

Je répète qu’une pareille piété est superficielle. Je ne parle point dans un esprit de jugement, je dis la simple vérité. Quand on s’étonne de ce que des chrétiens éprouvent de pareils sentiments, de quoi est-ce qu’on s’étonne ? Hé ! Tout simplement du résultat naturel, philosophique et nécessaire d’une profonde piété envers Dieu et d’une bienveillance réelle envers les hommes à la vue du danger effroyable que courent les pécheurs impénitents.

 

3° Quand l’âme d’un chrétien est ainsi chargée, elle a besoin de soulagement.

Dieu roule ce poids sur l’âme de son enfant afin de la rapprocher de soi. Souvent les chrétiens retombent dans une telle incrédulité qu’ils n’éprouvent plus de foi en Dieu, jusqu’à ce que ce Dieu leur fasse sentir le poids dont je parle, avec une telle force qu’ils ne puissent plus le supporter et qu’ils soient obligés de demander à Dieu du soulagement.

C’est le même cas pour un grand nombre de pécheurs convaincus. Dieu est tout disposé à les recevoir à l’instant s’ils viennent droit à lui avec la foi en Jésus. Mais ils ne veulent pas venir ainsi. Ils se traînent et résistent ; ils gémissent sous le poids de leurs péchés, et ne veulent pas se jeter eux-mêmes dans les bras de Dieu jusqu’à ce que le fardeau de leurs convictions devienne tel qu’ils ne peuvent y tenir plus longtemps.

C’est alors que le pécheur, réduit en quelque sorte au désespoir, et sentant qu’il est sur le point de tomber en enfer, plonge tout à coup à fond et se jette dans les bras de la miséricorde divine, comme vers son seul refuge. C’était son devoir de venir plus tôt. Dieu ne prenait aucun plaisir dans sa détresse, considérée en elle-même. C’est la seule obstination du pécheur qui l’a rendue nécessaire ; il ne serait pas venu sans cela.

De même, quand des hommes qui professent le christianisme sont chargés du poils des âmes, ils prient et prient encore, et cependant leur fardeau reste toujours ; leur détresse continue, parce qu’ils ne s’en sont jamais déchargés entièrement sur Dieu avec foi. Le fardeau restera donc et s’augmentera aussi longtemps que durera leur charité ; et à moins qu’ils ne résistent au Saint-Esprit et qu’ils ne l’éteignent, ils n’auront point de repos jusqu’à ce qu’à la fin, poussés à l’extrémité, ils fassent un effort désespéré et roulent leur fardeau sur Jésus-Christ, en exerçant envers Lui une confiance enfantine.

Alors ils trouvent le repos, alors ils sont soulagés, comme s’ils sentaient que l’âme pour laquelle ils étaient eu prières est maintenant sauvée, le fardeau a disparu, et il semble que Dieu se plaise à adoucir leurs souffrances passées en leur donnant l’assurance que toutes leurs demandes leur seront accordées.

 

Souvent après ces combats, après cette lutte de la prière, et après le soulagement qui l’a suivie, vous trouverez le chrétien rempli des émotions les plus douces et les plus célestes. L’âme se repose en Dieu avec triomphe, et « se réjouit d’une joie ineffable et pleine de gloire. »

 

Maintenant quelqu’un d’entre vous pense-t-il que l’expérience ne présente rien de pareil ? Si j’en avais le temps je pourrais vous montrer dans les écrits du président Edward, et dans ceux d’autres auteurs très estimés, des faits tout semblables à ce que je viens de vous dire. Et si vous me demandez alors pourquoi nous n’avons jamais de pareilles choses à New-York, je vous le dirai.

Ce n’est pas du tout que vous soyez infiniment plus éclairés et plus sages que d’autres chrétiens dans le pays, ni que vous ayez une intelligence si supérieure de la religion, ou une piété plus assise et plus régulière. Il n’en est rien du tout. Et au lieu de vous enorgueillir de ce que vous n’avez pas parmi vous de pareilles extravagances, vous devriez vous cacher le visage à la pensée que les chrétiens de New-York sont si mondains, si empesés, et si esclaves du bon ton qu’ils soient incapables de descendre à la spiritualité dont je vous parle.

Plût à Dieu qu’ils le fissent, et qu’il y eût une plus grande effusion de cet Esprit dans cette ville et dans cette église ! Je le sais, cela ferait du bruit ; mais je ne m’en inquiéterais pas. Laissez-les dire, dans ce cas, si cela leur fait plaisir, que les auditeurs de la chapelle de Chatham deviennent fous. Ah ! Nous n’aurions point de raison de nous effrayer de ces propos, si nous avions le bonheur de vivre assez près de Dieu pour jouir des dons de son Esprit de la manière que j’ai décrite !

 

4° Ces effets de l’esprit de prière sur le corps ne font nullement partie de la religion.

Seulement le corps est si faible qu’il succombe sous les impressions de l’âme. Ces effets corporels ne sont nullement essentiels à la prière efficace, mais uniquement le résultat naturel ou physique des grandes émotions de l’âme. C’est un effet qui se voit en toute autre matière aussi bien qu’en religion.

Le portier du congrès, à l’époque de la révolution, tomba mort en recevant une nouvelle excessivement heureuse. Je connais une femme de Rochester qui luttait dans des prières ardentes pour la conversion de son gendre. Un matin, qu’il était allé à une de ces assemblées destinées aux âmes inquiètes sur leur salut, et qu’elle était restée chez elle priant pour lui, il arrive à l’issue de l’assemblée, et il arrive converti.

Elle en eut une telle joie qu’elle tomba morte sur le coup. Il n’est point surprenant que la religion produise des effets que produisent d’autres choses bien moins importantes. Ces ébranlements physiques, qui ne sont point essentiels à la prière, sont cependant le résultat tout naturel d’un grand effort de l’esprit.

 

5° Une autre grande raison pour laquelle Dieu demande l’exercice d’une prière véhémente, est sans doute qu’elle forme un lien étroit entre Christ et son Eglise.

C’est comme si Christ venait et répandait dans l’Eglise les flots de la bienveillance de son propre cœur, et entraînait l’Eglise à sympathiser et à travailler avec Lui, comme elle ne l’aurait jamais fait sans cela. Alors les chrétiens éprouvent exactement les mêmes sentiments que Jésus-Christ, et sont remplis envers les pécheurs d’une telle compassion, qu’ils ne peuvent plus se contenir.

C’est ce qui arrive souvent aux ministres qui sont distingués par le succès de leurs prédications. Ils éprouvent souvent une telle compassion et un désir si ardent du salut des pécheurs, que toutes leurs paroles témoignent de leur émotion, et que c’est comme si Christ parlait par eux. Les paroles tombent de leurs lèvres, pleines de fraîcheur et de chaleur tout ensemble, comme si elles sortaient du cœur de Christ.

Je ne prétends pas qu’il leur dicte leurs paroles; mais il excite chez eux les sentiments qu’elles expriment, et vous apercevez chez les auditeurs un mouvement tel, qu’il semble que Christ parle par leurs lèvres d’argile.

 

6° Ce travail d’enfantement, à l’égard des âmes, crée aussi un lien remarquable entre les chrétiens ardents et les nouveaux convertis.

Ces derniers deviennent tout particulièrement chers à ceux dont le cœur a prié pour eux, et l’amour qui les unit est semblable à celui d’une mère pour son premier-né. Paul exprime cette pensée avec une grande beauté, lorsqu’il dit : « Mes petits enfants ! » Son cœur était rempli pour eux de tendresse et de chaleur.

« Mes petits enfants, dit-il, pour lesquels je sens de nouveau les douleurs de l’enfantement. » Ils avaient reculé ; et il éprouve toute l’agonie d’un père pour un enfant qui s’égare. « Je suis de nouveau dans les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que Christ, l’espérance de la gloire, soit formé en vous. »

Moi-même, j’ai vu souvent dans un réveil à quel point ceux qui avaient l’esprit de prière étaient attachés aux nouveaux convertis. Sans doute, tout ceci n’est que de l’algèbre pour ceux qui n’ont jamais rien éprouvé de pareil ; mais, pour ceux qui ont lutté pour une âme, vous pouvez compter que cette âme, une fois convertie, leur est aussi cher qu’un enfant l’est à la mère qui lui a donné le jour avec angoisse. Le chrétien a travaillé pour cette âme ; il l’a reçue en réponse à ses prières, et il peut la présenter au Seigneur Jésus-Christ, en disant : « Me voici, Seigneur, moi et les enfants que tu m’as donnés. »

 

7° Une autre raison pour laquelle le Seigneur demande cette espèce de prière, c’est que c’est le seul moyen par lequel l’Eglise puisse être préparée à recevoir de grandes bénédictions sans en éprouver de dommage.

Lorsque l’Eglise est prosternée dans la poussière devant Dieu et dans la profonde agonie de la prière, alors la bénédiction lui est réellement bonne, tandis que, si elle l’avait reçue sans se trouver dans ce profond abaissement, toute grâce reçue l’aurait enflée d’orgueil. Mais, dans un esprit de prière, de nouvelles grâces ne font qu’accroître la sainteté, l’amour, l’humilité.

 

 

IV Je dois montrer maintenant que la prière, telle que je l’ai décrite, sera efficace.

Mais le temps me manque pour entrer dans les détails que je me proposais de donner à ce sujet.

Elie, le prophète, menait deuil sur la décadence de la maison d’Israël ; et quand il lui parut qu’il n’y avait plus d’autre moyen efficace d’empêcher cette maison de se précipiter dans l’idolâtrie, il demanda que les jugements de Dieu vinssent sur la nation coupable. Il pria pour qu’il n’y eût point de pluie, et Dieu ferma les cieux pour trois ans et six mois, jusqu’à ce que le peuple fût poussé à bout.

Puis, lorsqu’il crut qu’il était temps que Dieu retirât sa verge, que fit-il ? Voyez-le monter la montagne et se prosterner en prières. Il désirait être seul, et il dit à son serviteur de s’en aller sept fois tandis qu’il luttait en prières. La dernière fois, le serviteur lui dit qu’on voyait paraître une petite nuée comme la main d’un homme.

Aussitôt, il se lève de dessus ses genoux, car la bénédiction était obtenue ; le temps était venu où la calamité devait être écartée. « Ah ! » Direz vous, c’est qu’Elie était un prophète. » Ne répondez pas ainsi. On faisait la même objection du temps des apôtres ; et que répond l’un d’eux ? Il cite l’exemple même que je viens d’alléguer, et le fait qu’Elie était un homme soumis aux mêmes infirmités que nous ; il cite, dis-je, ces choses comme un exemple de prière efficace, et pour insister sur la nécessité de prier de même.

Jean Knox était un homme fameux pour la puissance de ses prières, de sorte que la sanguinaire Marie avait coutume de dire qu’elle craignait ses prières plus que toutes les armées de l’Europe ; et les faits ont prouvé qu’elle avait raison en cela. Souvent l’ardeur des prières qu’il faisait pour la délivrance de sa patrie lui ôtait le sommeil.

Une nuit, où il avait prié avec plusieurs de ses amis, il se mit à dire tout à coup que la délivrance était arrivée. Il ne pouvait dire ce qui était arrivé; mais il sentait qu’y avait eu quelque chose, et que Dieu avait entendu leurs prières. Or, qu’était-ce ? La première nouvelle qu’ils reçurent fût celle de la mort de Marie.

Prenons un autre cas, que j’ai entendu moi-même raconter par un ministre. Il disait qu’il n’y avait pas eu de réveil depuis plusieurs années dans une certaine ville. Le troupeau était presque entièrement dissous ; les jeunes gens étaient tous inconvertis ; c’était une désolation. Mais il y avait, dans un coin retiré de la ville, un vieux forgeron, qui bégayait au point que c’était pénible de l’entendre parler.

Un vendredi, qu’il était seul à l’ouvrage dans sa forge, il se sentit vivement ému sur l’état de l’église et d’un si grand nombre de pécheurs impénitents ; et la chose en vint au point qu’il quitte l’ouvrage, ferme sa boutique, et va passer l’après-midi en prières. Il eut la victoire. Le jour du Seigneur, il va chez le ministre et le prie de convoquer une conférence.

Après avoir un peu hésité, le ministre y consentit, mais en témoignant la crainte de ne voir arriver que bien peu de monde. Il convoqua cependant l’assemblée pour le même soir dans une grande maison particulière. Quand le soir fut venu, il y eut plus d’assistants que la maison n’en pouvait contenir. Tous furent pendant quelque temps dans le silence, jusqu’à ce qu’enfin un pécheur éclata en sanglots, et dit que, si quelqu’un pouvait faire une prière, il demandait qu’on priât pour lui.

Un autre suivit, puis un autre, puis encore un autre, jusqu’à ce, qu’on vit qu’il y avait des personnes de tous les quartiers de la ville qui se trouvaient sous une profonde conviction de péché. Et ce qu’il y eut de remarquable, c’est que tous dataient leur conviction de l’après-midi même où le vieillard avait prié dans sa boutique. Il s’en suivit un puissant réveil, et ainsi ce pauvre vieillard bègue lutta avec Dieu, et, comme Israël, remporta sa victoire. Je pourrais citer une multitude de cas semblables; mais, faute de temps, je conclus par un petit nombre de remarques.

 

REMARQUES ADDITIONNELLES.

1° Il se perd beaucoup de prières.

Beaucoup de chrétiens n’en éprouvent jamais l’efficace, parce que, après avoir éprouvé le désir d’obtenir certaines bénédictions, ils ne poursuivent pas ce désir et ne le poussent pas jusqu’au bout. Ce désir a pu être bien intentionné et pur, et un fruit de l’Esprit de Dieu. Quand on l’éprouve, on devrait persévérer dans la prière ; car, si l’on détourne son attention sur d’autres objets, on éteint l’Esprit.

Quand donc vous sentirez de saints désirs s’élever dans votre âme, ayez soin de deux choses : 1° n’éteignez pas l’Esprit ; 2° ne vous détournez pas vers d’autres objets ; mais suivez les directions de l’Esprit jusqu’à ce que vous ayez fait cette prière fervente qui est d’une grande efficace.

 

2° Sans l’esprit de prière, les ministres ne feront pas grand bien.

Il arrive quelquefois que d’autres personnes aient l’esprit de prière et obtiennent une bénédiction pour les travaux du prédicateur. Mais, en général, ce sont les ministres qui ont pour eux-mêmes l’esprit de prière en plus riche mesure, qui ont aussi le plus de succès.

 

3° Mais ce ne sont pas seulement les ministres qui doivent avoir cet esprit de prière.

L’Église aussi devrait s’accorder à faire ces prières ferventes qui sont efficaces auprès de Dieu. Ne vous attendez pas à des bénédictions, à moins de les demander. « Encore la maison d’Israël m’invoquera-t-elle pour que je fasse toutes ces choses. »

Maintenant, mes frères, je n’ai plus qu’à vous demander, quant à ce que je viens de vous dire ce soir : « Voulez-vous le faire ? » Avez-vous fait ce que vous prêchais vendredi dernier ? Avez-vous repassé vos péchés ? Les avez-vous confessés ? Et les avez-vous abandonnés ? Pouvez-vous prier maintenant ? Et voulez-vous vous unir pour adresser à Dieu la prière efficace, afin que l’Esprit de Dieu soit répandu sur cette ville ?

 

 Charles Grandison Finney

 

 

 

Sources / Infos

list arrow  LIVRE: « Discours sur les réveils religieux »  (Finney Ch.) - Edition 1886

GENÈVE E. BEROUD & Cie, libraires, 2, Grand’rue. PARIS GRASSART, 2, rue de la Paix. FISCHBACHER & Cie, 33 r. de Seine. MONNERAT, 48, rue de Lille. CHASTEL, rue Roquépine. MARSEILLE Mme TOURN, 38, r. de la République. LYON VAUTRIN, 10, rue Lanterne. VEVEY B. CAILLE, libraire. Genève.—Imprimerie Maurice Richter, rue des Voirons, 10.

Numérisation M-C P. Ocr Yves PETRAKIAN Juin 2005 - http://456-bible.123-bible.com

 

discours de Finney

« L’Eglise est dans une crise solennelle.... Il faut qu’il s’élève vers les cieux un cri général des chrétiens, comme le bêlement du troupeau, pour que le Berger s’approche de plus près de ses brebis. J’ai voulu rappeler ces pensées à mes frères protestants, en publiant les Discours de Finney sur les Réveils. Ces Discours n’ont pas, semble-t-il, la vogue chez les grands de l’Eglise ; mais ce n’est nullement une preuve, bien s’en faut, qu’ils ne méritent le respect et l’attention des vrais chrétiens.

L’homme regarde à l’apparence, mais l’Eternel regarde au cœur; l’homme est chatouilleux pour la forme et peu difficile pour le fonds ; le chrétien fait l’opposé ! »

Celui qui écrivit ces lignes plaçait le Réveil de l’Eglise au-dessus de toute autre préoccupation.

C’est dans le même esprit, et pour répondre à de nombreuses demandes, que nous nous sommes décidés à réimprimer le présent volume publié par lui il y a plus de quarante ans. Il n’a rien perdu de son actualité, loin de là! S’il y a jamais eu un moment où ces Discours ont été chez nous à l’ordre du jour, ce moment-là est arrivé.

Genève, décembre 1885. LES EDITEURS.

 

 

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Coup d'oeil sur sa vie

 

Charles Finney

 

Charles Finney naquit en 1792 dans le Connecticut. (1)

Son éducation religieuse fut négligée à tel point qu’il n’eut connaissance des vérités évangéliques qu’à l’âge de 26 ans, quand il commença l’étude du droit. Encore, ces vérités lui furent-elles présentées par une église qui n’avait plus la vie. Finney, ardent à s’éclairer, suivait les réunions de prières:

 

Mais il ne tarda pas à constater avec surprise que les prières n’étaient point exaucées et que même on ne s’attendait guère à ce qu’elles le fussent. Les membres de l’église demandaient un réveil et affirmaient qu’en le demandant sincèrement, Dieu l’accorde; d’autre part, ils ne cessaient de gémir sur leur état lamentable. Finney ne savait que penser de leur sincérité ; et quand on lui demanda s’il désirait que l’on priât pour lui : « Non, répondit-il, car je ne vois pas que vos prières soient exaucées. » Dès lors, il ne voulut plus d’autre guide que la Parole de Dieu qu’il étudiait avec ardeur.

 

L’intelligence du jeune avocat avait saisi la vérité, mais son cœur n’était point encore gagné, lorsqu’un dimanche, dans l’automne de 1821, il prend la ferme résolution de donner son cœur à Dieu. La fausse honte s’empare alors de lui et son trouble augmente. Le mardi soir, il tremble à la pensée que s’il venait à mourir, l’enfer le recevrait. Le lendemain, sa conscience lui rappelle avec force sa promesse de donner son cœur à Dieu. « Pourquoi attendre ? Essaierais-tu de faire toi-même ton salut ? »

Il comprend alors que le salut est complet, achevé, qu’il ne s’agit plus que de l’accepter en renonçant à tout péché. « Je l’accepterai aujourd’hui même, ou je mourrai à la peine ! » répond-il à la voix intérieure. Et après une lutte intense, dans un bois où il s’était caché avec soin, son orgueil lui est révélé ; il le repousse alors avec une décision absolue. « Je ne quitterai pas ce lieu, se dit-il, quand même tous les hommes du monde et tous les diables de l’enfer s’assembleraient pour me regarder. Eh quoi ? un pécheur dégradé comme je le suis aurait-il honte d’être surpris par un autre pécheur, implorant à genoux la miséricorde de son Dieu ? Non, non! ce serait un trop grand péché ! »

Son cœur se brise ; toutes ses résistances sont vaincues, et cette parole de l’Ecriture lui revient à l’esprit : « Vous me chercherez et vous me trouverez, après que vous m’aurez recherché de tout votre cœur » (Jer 29:13). Il s’en empare aussitôt. « Auparavant j’avais cru d’une foi d’intelligence, dit-il ; il ne m’était jamais venu à l’esprit que la foi est un acte délibéré de confiance, non un état intellectuel. J’avais conscience en ce moment de me fier à la véracité de Dieu. » De retour au village, une paix inconnue remplit son âme.

Mais il s’alarme bientôt de ne plus retrouver en lui le sentiment du péché. « J’aurai contristé le Saint-Esprit par mon importunité, » se dit-il. Cependant ses pensées se détournent toujours de lui-même pour se fixer sur Dieu avec une douceur, une paix, une joie inexprimables. Il ne peut manger; il veut chanter des cantiques, mais il lui semble que « son cœur est devenu liquide, » et sa voix se noie dans les larmes.

La journée terminée, son cœur se fond de nouveau. « L’élan de mon âme était si puissant, dit-il dans ses Mémoires, que je me précipitai pour prier dans la chambre contiguë au bureau Il n’y avait ni feu ni lumière dans cette chambre ; néanmoins elle me parut tout éclairée. Comme j’entrais, fermant la porte après moi, il me sembla que je rencontrais le Seigneur Jésus-Christ face à face.

L’idée ne me vint pas, ni de longtemps, que c’était un état moral. Au contraire, il me semblait le voir comme j’aurais vu un autre homme. Il ne disait rien, mais il me regarda de manière à me faire tomber à ses pieds. J’ai toujours dès lors considéré ce phénomène comme un très remarquable état de mon esprit ; car j’avais le sentiment de la réalité de sa présence et je tombai à ses pieds, sanglotant comme un enfant, et confessant mes péchés aussi bien que me le permettait mon émotion. Il me sembla que je baignais ses pieds de mes larmes ; toutefois je ne me rappelle pas avoir eu distinctement l’impression de l’avoir touché.

« Il faut que je sois resté longtemps dans cet état, car lorsque je fus rendu assez calme pour que l’entrevue prît fin, étant rentré dans le bureau, je trouvai que le feu s’était entièrement consumé. Mais comme j’étais sur le point de m’asseoir près de la cheminée, je reçus un baptême d’Esprit saint. Sans que je m’y fusse attendu, mon attention n’ayant jamais été dirigée sur ce point, le Saint-Esprit descendit sur moi avec une telle puissance que je me sentis comme pénétré de part en part, corps et âme.

Je pouvais sentir l’impression comme d’une onde électrique parcourant tout mon être; onde sur onde d’amour, je ne saurais l’exprimer autrement. Il me semblait que ce fût le souffle même de Dieu. Je me souviens distinctement avoir éprouvé comme si j’étais éventé par d’immenses ailes.

« Je ne tardai pas à m’endormir, mais je fus tout aussitôt réveillé par le flux d’amour qui était dans mon cœur. J’étais si rempli d’amour que je ne pouvais dormir. Quand je m’éveillai le matin, le soleil était levé, et ses rayons pénétraient dans ma chambre. Je ne saurais exprimer en paroles l’impression que me fit cette lumière. Instantanément, le baptême que j’avais reçu la veille revint sur moi de la même manière. Je m’agenouillai sur mon lit et pleurai de joie, répandant mon âme aux pieds du Seigneur. Il me semblait entendre une douce voix de réprimande disant : « Veux-tu douter ? Veux-tu douter ? » — « Non, m’écriai-je, je ne veux pas, je ne puis pas douter. » Une telle clarté se fit alors dans mon esprit qu’il me fut désormais impossible de révoquer en doute le fait que le Saint-Esprit avait pris possession de mon âme. »

« Dans cette situation le dogme de la justification par la foi me fut enseigné comme une vérité d’expérience.... Je comprenais désormais le passage : « Etant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu.» Je vis clairement que du moment où, dans le bois, j’avais cru, la conscience de ma condamnation m’avait été ôtée, et que c’était pour cela que tous mes efforts pour rappeler dans mon âme le sentiment du péché avaient été vains. La conscience de ma condamnation était partie, mes péchés étaient partis. Je crois vraiment que j’avais aussi bonne conscience que si je n’avais jamais péché.... Au lieu d’avoir le sentiment que je ne faisais que pécher, mon cœur était si rempli d’amour qu’il en débordait. » (Glardon, pag. 18.)

Désormais, le Saint-Esprit n’est pas seulement avec lui (Jn 14:17), il n’a pas reçu seulement une effusion de cet Esprit comme celle que reçurent les apôtres avant l’Ascension (Jn 20:22) ; il a reçu le baptême de la Pentecôte, celui de la « Puissance d’En Haut » dont furent « remplis » les apôtres pour être les « témoins » de Christ, partout et toujours, « jusqu’aux bouts de la terre » (Lu 24:49 Ac 1:8).

Aussi avec quelle puissance ne fut-il pas témoin de Christ le lendemain même, dès le premier instant! Il venait de rentrer à son bureau, son patron arrive, il lui parle aussitôt de son salut; et cet homme jusque-là incrédule a le cœur transpercé des paroles que le jeune homme lui adresse; aucune paix ne put rentrer dans son âme qu’il ne fût converti.

Dès lors, la vie de Finney n’est plus qu’une suite de miracles. Il court tout d’abord à ses parents, à ses amis, à ses voisins; et tous, croyants de nom et incrédules, s’abattent aux pieds du Sauveur, le cœur brisé par la puissance du témoignage que produit l’Esprit saint. Bien qu’il n’y ait aucune réunion annoncée, la salle de culte se remplit bientôt, car tout le village est en émoi; professants et incrédules, tous arrivent; mais le pasteur est parmi les auditeurs et personne ne se lève. Finney accourt alors et raconte comment l’amour de Dieu s’est révélé à son âme: l’impression est si profonde qu’il faut dès lors se réunir tous les soirs, et les conversions se multiplient considérablement.

Mais impossible de suivre l’œuvre merveilleuse de l’évangéliste ! Nous ne pouvons que noter les points principaux. Et tout d’abord cet esprit de prière dont Finney est rempli dès le commencement de sa carrière ; il est tel que Moody n’hésite pas à déclarer le grand évangéliste plus puissant encore par sa prière, que par sa prédication. Et nous ne pouvons oublier à ce sujet que souvent, dans les longues agonies de la prière d’intercession, « le secret de l’Eternel lui était révélé, » de sorte qu’il pouvait annoncer avec pleine certitude ce que Dieu ferait pour le châtiment ou pour le salut du pécheur, objet de son intercession.

Toute la ville en émoi; ce n’est que colères, menaces et projets criminels contre l’homme de Dieu. Mais après une journée de prière et de jeûne, celui-ci est plus que vainqueur. Réveil profond, immense. Santé de Finney ruinée au début, rétablie merveilleusement, bien qu’il prêchât plusieurs heures presque chaque jour. Et, au bout de six mois, deux églises nouvelles fondées à Evans’Mill, composées presque en totalité de nouveaux convertis.

De même, réveils merveilleux à Antwerp, à Sodome et ailleurs. En plusieurs de ces localités, l’action de la « Puissance d’En Haut » agissant par le serviteur de Dieu est telle, qu’en en prenant connaissance, le mot de miracle vous vient sans cesse à l’esprit. Pendant tout ce long ministère, « l’Esprit de puissance, d’amour et de sagesse » (2Ti 1:7) a reposé sur lui d’une manière permanente; cependant il déclare que parfois, reconnaissant que la puissance de l’Esprit avait diminué en lui, il n’avait retrouvé la plénitude de la puissance que par beaucoup d’humiliation et de prières.

Une seule de ses prédications bouleversait une ville entière; la puissance de son regard n’était peut-être pas moins célèbre que celle de sa parole. A Dieu ne plaise pourtant que nous lui attribuions en propre cette puissance! ce n’était là qu’un effet de ce «baptême de Saint-Esprit et de feu» que reçoit quiconque le veut. Mais Finney l’avait voulu, c’est-à-dire qu’il avait véritablement renoncé à tout pour le recevoir et pour le conserver; et ce baptême l’avait pleinement investi de tous les dons nécessaires à sa vocation.

De grands réveils furent amenés par un regard dont il avait transpercé le cœur du pécheur. Les adversaires parlaient de nerfs, de magnétisme, d’hystérie, de fanatisme, etc. etc., mais l’œuvre de Dieu n’en était pas moins évidente. Cependant les réveils se propageant comme une traînée de feu, l’opposition devint formidable ; il n’était sorte de calomnie qu’on ne répandît contre Finney et contre son œuvre, et il n’y avait pas d’histoire, si inepte qu’elle fût, qui n’obtînt quelque créance, pourvu qu’elle fût débitée contre lui.

Mais Finney en sortit plus que vainqueur par la prière. « Dieu, dit-il, me donna l’assurance qu’il serait avec moi et me soutiendrait; que rien ne pourrait prévaloir contre moi, que je n’avais autre chose à faire que de travailler paisiblement en attendant de lui seul la délivrance. »

 

Un dernier trait que nous relevons, dans cette œuvre de réveil, c’est l’insistance avec laquelle Finney réclame, avec la repentance, « les œuvres convenables à la repentance ». Aussi, les élégantes abandonnaient leurs parures ; les hommes d’affaires restituaient les sommes qu’ils n’avaient pas gagnées honnêtement ; les criminels se dénonçaient et se déclaraient prêts à subir la peine méritée. Les réveils étaient profonds et durables, parce qu’ils étaient vrais; l’on ne se convertissait pas pour être heureux, mais pour servir Dieu.

 

Les Discours de Finney sur les réveils religieux, ainsi que leur auteur, semblent inconnus dans nos facultés de théologie. Après la Bible cependant, nous ne voyons pas quelle mine plus riche des enseignements de l’Esprit de Dieu l’on pourrait citer. Vinet écrivait déjà dans le Semeur : « Aucun traité de théologie pastorale ne renferme autant d’éléments positifs d’instruction, et nulle prédication à nous connue ne présente le christianisme sous un aspect plus vivement et plus immédiatement pratique. »

Il est évident, en effet, que Finney enseigne ce qu’il sait, ce qu’il a vu, ce qu’il a vécu, et en quoi il ne peut errer. Il sait, lui, ce que c’est que d’être « rempli de l’Esprit ». Il sait et il a vu, comme d’autres et mieux que d’autres, que moyennant le travail spirituel et l’exercice, le plus ignorant et le moins doué de ceux qui ont vocation au ministère, s’il est rempli de l’Esprit comme c’est son devoir, arrivera à posséder ce qu’on attribuait trop en propre à Finney, à savoir originalité, et abondance, et clarté, et puissance.

«  Vous devez recevoir Christ pour votre sanctification aussi absolument que pour votre justification.

Il est aussi absolument votre sanctification que votre justification, et si vous dépendez de lui pour votre sanctification, il ne vous laissera pas plus tomber dans le péché qu’il ne vous laissera tomber en enfer. Il est aussi déraisonnable, aussi antiscripturaire et aussi coupable de vous attendre à l’un que de vous attendre à l’autre. Et si vous péchez, ce ne sera jamais autrement que par le fait d’incrédulité. »

 

{1} Voir Memoirs of Rev. Ch. G. Finney, the American evangélist, written by himself. Hodder & Stoughton, London; et Charles Finney, histoire de sa vie et de ses ouvrages, par Auguste Glardon. Georges Bridel, Lausanne.

 

Par David Smithers

LA PRIERE FACONNE L'HISTOIRE
par David Smithers

finney0« Parmi les noms qui sont attachés aux réveils que Dieu a accordés à Son Eglise au cours des siècles, il en est un qui doit être cité en première ligne : FINNEY, homme entièrement de la même nature que nous, mais livré sans restriction à Dieu, pour Son œuvre. Dieu s'est servi de lui pour embraser Son peuple et pour amener une grande multitude à accepter Christ comme Sauveur et à Le sanctifier comme Roi et Seigneur de leur cœur.

Finney nous a aussi procuré, par le moyen de sa plume, les principes de base de tout réveil religieux. C'est pourquoi il parle encore et n'a jamais cessé d'être en bénédiction à de nombreuses âmes. Le message de Finney, si viril, si logique et si loin de toute ambiguïté, se présente comme une réponse à ce besoin de réveil dont beaucoup d'enfants de Dieu sont aujourd'hui comme dévorés. (M. Weber, 1951 - préface à l'édition française des Discours sur les Réveils Religieux, Finney). Sans aucun doute possible, il fut une voix prophétique pour l'Amérique du 19e siècle. Son ministère produisit en toute logique des réveils, même dans des endroits considérés comme très durs et hermétiques à l'Evangile.

Comme le prophète Jérémie, Charles G. Finney fut oint de Dieu pour « arracher » et « planter » dans la vigne du Seigneur (Jérémie 1 :10). C'était un homme d'intense prière, de pureté et de passion. Dénué de tout ego, il était rempli du Saint-Esprit. Ses sermons étaient des éclats de chaîne, déversant des sentiments de conviction dans les cœurs des sceptiques les plus endurcis. Simple comme un enfant dans sa façon de prêcher, il décontenançait parfois ses auditeurs uniquement par ses prières. Il pouvait clamer les jugements de Dieu sur le péché avec la force du tonnerre et dans une grande liberté, pour présenter ensuite la miséricorde de l'Evangile avec tendresse et larmes.

Sans aucun doute possible, il fut une voix prophétique pour l'Amérique du 19e siècle. Son ministère produisit régulièrement des réveils, même dans des endroits considérés comme très durs et hermétiques à l'Evangile. L'autobiographie de Finney est remplie de récits relatant de puissantes manifestations du Saint-Esprit. A une certaine occasion où Finney prêchait dans un bâtiment scolaire, « soudainement une atmosphère de solennité terrible tomba sur l'assemblée et les chrétiens de la congrégation tombèrent de leurs chaises, pleurant pour obtenir miséricorde. » Finney déclara : « Si j'avais eu une épée dans chaque main, je n'aurais pas pu les frapper aussi vite qu'ils ne tombèrent. Je crois que toute l'assemblée était à genoux ou dans un état de prostration au bout de deux minutes. » Les cris et les pleurs des gens étaient si forts que l'exhortation que donna Finney à se confier dans la miséricorde de Christ n'était même pas audible.

 

Finney semblait si rempli de l'Esprit Saint que les gens étaient souvent amenés à la conviction de péché rien qu'en le regardant. Lors d'une tournée d'évangélisation à Utique, New York, il visita une grande usine. En le voyant, un des employés, puis un autre et encore un autre s'arrêtèrent de travailler et pleurèrent sous la conviction de leurs péchés, et finalement le nombre de personnes qui pleuraient et gémissaient fut si important que les machines durent être arrêtées pour laisser à Finney le soin de les conduire à Christ.

 

Finney semblait détenir le pouvoir d'imprimer dans la conscience des hommes la nécessité d'une vie vécue d'une façon si sainte qu'elle devait produire des fruits durables. " Plus de 85 % des personnes converties à Christ lors des réunions de Finney restaient attachés à Dieu, alors que 70 % de ceux qui avaient professé Christ dans des réunions tenues par un évangéliste même aussi illustre que Moody devenaient par la suite des rétrogrades.

De tels résultats furent le fruit d'heures et d'heures de prière. Ce n'était pas les prières de Finney seul qui assurèrent de tels réveils envoyés du ciel. Finney était soutenu par les prières de deux dons cachés de Dieu. C'était l'intercession cachée et cependant puissante du Père Nash et d'Abel Clary qui posa les fondements et prépara le terrain à ces puissantes visitations de Dieu. " Abel Carry s'était convertit à peu près à la même période que Finney et avait reçu une formation qui lui permettait de prêcher également, mais il avait un si lourd fardeau de prière qu'il ne pouvait prêcher beaucoup. Tout son temps et toutes ses forces étaient consacrés à la prière. Il gémissait et soupirait dans l'agonie, incapable de rester debout sous le poids."

livre8Après la mort de Clary, Finney découvrit le journal de prière de Clary. Finney s'aperçut que l'ordre exact dans lequel le fardeau avait été déposé sur le cœur de Clary correspondait à l'ordre suivant lequel s'étaient manifestées les bénédictions déversées sur son ministère.

Le Père Nash vécut une vie d'intercession presque continue. "Il se joignait à Finney, entretenait une liste de prière et était sans nul doute le secret en grande partie du merveilleux succès de Finney. Il ne prêchait pas et bien souvent n'assistait pas aux réunions, mais il restait dans sa chambre, ou dans les bois, luttant avec Dieu dans une prière puissante. Souvent avant le crépuscule, on pouvait entendre à plus de 500 mètres à la ronde le Père Nash prier dans les bois, ou dans une église, et le sentiment de la présence de Dieu était incroyable.

L'Eglise doit faire plus que d'avoir de l'estime pour l'histoire d'hommes tels que Charles Finney, le Père Nash et Abel Cary.

Si nous désirons expérimenter un réveil, nous devons nous repentir et pratiquer les vérités qu'ils ont proclamées : vérités d'une vie sainte et pure ; vérités d'une intercession secrète et d'un amour inconditionnel pour Jésus !

Source: The Watchword

 

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