« Celui qui gagne les âmes est sage (Pr 11:30). »
La définition la plus ordinaire de la sagesse est, qu’elle consiste dans le choix des moyens les plus convenables pour atteindre un but. L’objet de ce discours est donc de diriger les chrétiens vers les moyens les plus propres pour atteindre leur but infiniment désirable, le salut des âmes.

Ce soir je me bornerai à traiter des efforts particuliers des individus pour obtenir la conversion et le salut des hommes. Dans une autre occasion peut-être je me servirai du même texte pour traiter de la sagesse à employer dans la prédication publique de l’Évangile et dans le travail du ministère.

Pour le moment, je vais donner quelques directions pour assister les simples fidèles dans cette œuvre, et je montrerai comment ils doivent se conduire.

 

 

I. Avec des pécheurs encore indifférents.

II. Avec des pécheurs réveillés.

III. Avec des pécheurs convaincus.

 

 

I. Manière de se conduire avec des pécheurs encore indifférents.

1° A l’égard du temps.

Il importe de choisir le moment convenable pour produire des impressions sérieuses sur l’esprit d’un pécheur indiffèrent, et c’est de ce choix que dépend en grande partie le succès. Sans doute, vous pourrez dire que c’est votre devoir en tout temps d’avertir les pécheurs et de tâcher de les réveiller pour les faire penser à l’état de leur âme.

C’est très vrai, et pourtant si vous n’avez pas égard au temps et à l’opportunité, vous avez bien peu de chances de succès. Je donnerai là-dessus quelques détails.

 

a) Il est désirable de ne s’adresser autant que possible à une personne indifférente que lorsqu’elle est libre d’autres affaires. Il sera difficile de la porter à s’occuper de religion à proportion que son attention sera fixée sur quelque chose d’autre. Un homme indifférent à la religion, si vous venez lui en parler au milieu de quelque affaire importante et légitime, s’offensera de votre démarche beaucoup plutôt qu’il n’en sera édifié.

Par exemple, un pasteur ira peut-être visiter la famille d’un négociant, d’un artisan ou d’un fermier, et le trouva absorbé dans ses affaires. Peut-être qu’il lui fait quitter son ouvrage dans un moment de presse. Cet homme en sera mécontent, fâché, ce sera pour lui une sorte d’intrusion de votre part.

Dans un cas pareil, vous ne pouvez vous attendre à un grand succès. Sans doute il est vrai que la religion est infiniment plus importante que tous ces travaux mondains et qu’il devrait négliger toute autre affaire pour le salut de son âme. Mais il ne le sent pas ; car s’il le sentait ce ne serait plus un pécheur indifférent, et c’est pourquoi votre visite ne peut se justifier à ses yeux.

Il vous faut le prendre tel qu’il est, comme un pécheur insouciant, impénitent, et le traiter en conséquence. Il est absorbé dans d’autres affaires et fort disposé à s’offenser si vous prenez ce moment pour l’occuper de religion.

 

b) Il importe encore de prendre une personne, s’il est possible, à un moment où elle ne soit pas vivement excitée par quelque autre objet. Dans ce dernier cas un homme n’est pas capable de s’occuper de religion. Peut-être pourriez-vous l’atteindre ; on en a vu des exemples; mais la chose n’est pas probable.

 

c) Assurez-vous qu’une personne est parfaitement sobre, au moins dans ce moment-là. Il y a des gens qui s’enivrent tous les jours, et à proportion qu’ils sont dans cet état, ils sont incapables de vous entendre sur un sujet religieux. J’ai vu des personnes amies de la religion m’amener des hommes qu’elles me disaient travaillés quant à leur état spirituel ; et en effet, vous savez qu’un homme qui a bu aime généralement beaucoup à parler de religion ; mais dès que je m’approchais de ces gens et que je sentais leur haleine, je refusais de leur parler.

« Il n’est pas ivre, » me disait-on ; « il a seulement un peu bu. » — « Et ce peu l’a rendu un peu ivre ; car pour ivre il l’est, je le vois et je le sens. » Les cas où un homme pris de vin a été réellement convaincu de péché sont extrêmement rares.

 

d) Lorsque vous cherchez à converser avec une personne au sujet du salut, tâchez s’il est possible de la prendre au moment où elle est d’une humeur convenable. Si vous ne la trouvez pas bien disposée, il est probable qu’elle se fâchera et vous recevra mal ; laissez-la seule pour le moment, autrement vous risquez d’éteindre l’Esprit.

Peut-être pourrez-vous lui parler de manière à l’apaiser, mais ce n’est pas probable. La vérité est que les hommes haïssent Dieu, et quoique cette haine sommeille habituellement, il ne faut cependant que peu de chose pour l’exciter ; et si vous leur présentez Dieu en face pendant qu’ils sont déjà disposés à la colère, ce sentiment éclatera avec d’autant plus de facilité et de force.

 

e) Autant que possible, quand vous voulez parler avec un pécheur insouciant, tâchez de le faire quand vous serez seul avec lui. La plupart des hommes sont trop fiers pour qu’on puisse parler librement d’eux-mêmes en présence d’autrui, même devant leur propre famille.

Dans une pareille circonstance, un homme, qui pris à part se serait peut-être soumis à la vérité, mettra tous ses moyens en œuvre pour se défendre lui-même ; il résistera, tournera la chose en ridicule, de peur que, s’il manifestait quelque sentiment, on n’allât rapporter qu’il commence à devenir méthodiste.

Tâchez donc lorsque vous visitez une famille, au lieu de parler à tous à la fois, de les prendre chacun à part. Je vous citerai un cas de cette espèce. Plusieurs jeunes demoiselles, fières, gaies et du bon ton (comme on dit) vivaient ensemble dans une famille qui présentait les mêmes caractères. Deux chrétiens désiraient extrêmement leur parler de religion, mais ils ne savaient comment s’y prendre, et craignaient de les voir se coaliser pour repousser toute impression sérieuse.

A la fin ils prirent le parti d’envoyer demander nommément l’une de ces demoiselles. Elle descendit ; ils mirent aussitôt la conversation sur le sujet du salut, et comme elle était seule, non-seulement elle les traita avec politesse, mais elle parut recevoir la vérité dans un cœur sérieux. Un jour ou deux après, ils en appelèrent une autre de la même manière, puis encore une autre, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’ils eussent parlé à chacune d’elles séparément.

En peu de temps elles furent toutes, à ce que je crois, réellement converties à Dieu. Ces jeunes personnes n’avaient pas eu leurs amies en face d’elles pour les gêner ou pour exercer sur elles une mauvaise influence, et le succès couronna la conduite qu’on tint à leur égard.

Une femme pieuse tenait une pension de jeunes gens. Elle en avait vingt-et-un ou vingt-deux, et désirait les amener au salut. Elle priait Dieu pour cela, mais sans succès. A la fin elle comprit qu’il fallait faire plus que des prières ; mais elle ne savait quoi.

Un matin, comme ils se retiraient après le déjeuner, elle pria l’un d’eux de rester quelques moments. Elle t’amena dans sa chambre, lui parla avec tendresse sur le sujet de la religion et pria avec lui. Elle cultiva les impressions qu’elle avait produites, et en peu de temps elle eut lieu d’espérer que le jeune homme était converti.

Elle s’adressa à un second, puis à un troisième, qui bientôt s’unirent dans un même sentiment. Elle continua ainsi en tenant chacun de ces jeunes gens à part sans les alarmer, et chacun d’eux finit à être amené à Dieu. Or, il est bien probable que, si elle avait porté son sujet devant tous ces jeunes gens réunis, ils eussent tourné la chose en ridicule ; peut-être même eussent-ils été offensés et auraient-ils quitté sa maison, tandis que, les prenant tous à part et leur parlant avec douceur et avec ménagement, elle réussit dans son œuvre excellente.

 

f) Saisissez pour parler à un pécheur insouciant les moments où les événements providentiels semblent favoriser votre dessein. Profitez fidèlement de tous les cas particuliers qui seraient propres à produire une impression sérieuse.

 

g) Mais cherchez en même temps l’occasion la plus prochaine pour parler aux pécheurs indifférents qui vous entourent. Ne renvoyez pas de jour en jour, dans le désir de trouver une occasion plus favorable. Il faut les chercher ces occasions, et s’il ne s’en trouve point il faut en créer. Fixez un moment et un endroit pour cela, et demandez à votre ami ou à votre prochain une entrevue où vous puissiez lui parler franchement.

Envoyez-lui un mot de billet, allez chez lui tout exprès, présentez-lui la chose comme une véritable affaire, et qu’il voie que vous êtes vivement occupé de rechercher le salut de son âme. Alors il sentira que la chose est importante, au moins à vos yeux. Persévérez ainsi jusqu’à ce que vous réussissiez ou que vous ayez acquis la conviction qu’il n’y a pour le moment rien à faire.

 

h) Vous sentez-vous particulièrement porté vers une personne à cet égard ? Cherchez quelque occasion de lui parler pendant que vous éprouvez ce besoin. Si c’est un sentiment de véritable bienveillance qui vous anime, vous êtes fondé à croire que c’est l’Esprit de Dieu qui vous pousse à désirer le salut de cette âme et que Dieu est prêt à bénir vos efforts pour sa conversion.

Dans un cas pareil, faites de la chose le sujet de prières spéciales et instantes ; et cherchez quelque occasion prochaine de répandre votre cœur devant la personne dont il s’agit et de l’amener à Christ.

 

2° Quant à la manière de vous y prendre:

a) Quand vous vous approchez d’un pécheur insouciant pour tâcher de réveiller son âme sur ses intérêts éternels, tâchez avant tout de le traiter avec bonté, qu’il voie que vous vous adressez à lui non pour lui chercher querelle, mais parce que vous aimez son âme et que vous désirez son plus grand bien dans le temps et dans l’éternité. Si vous êtes dur et rude avec lui, vous l’offenserez probablement, et vous l’éloignerez du chemin de la vie encore plus qu’il ne l’était.

 

b) Soyez solennel, évitez toute légèreté dans les manières ou dans le langage. La légèreté produit la plus mauvaise impression. Vous devez vous rappeler que vous êtes engagé dans une action extrêmement solennelle qui peut décider pour l’éternité du sort de votre ami ou de votre prochain. Qui pourrait être léger devant des pensées semblables ?

 

c) Soyez respectueux. Il y en a qui croient nécessaire de traiter les pécheurs impénitents avec dureté ; mais il n’y a pas de plus grande erreur. L’apôtre Paul nous a donné sur ce sujet une règle bien meilleure lorsqu’il nous dit : « Soyez doux les uns envers les autres, remplis de compassion, ne rendant pas mal pour mal ni injure pour injure, mais au contraire bénissant. » Une manière rude et brutale de parler aux gens n’est propre à leur donner qu’une idée défavorable et de vous et de la religion.

 

d) Attachez-vous à être parfaitement clair et franc. Ne vous permettez pas de fermer les yeux sur aucun trait du caractère de la personne à qui vous parlez, ou sur aucun de ses rapports avec Dieu. Mettez toutes choses au grand jour, non pour blesser la personne à qui vous parlez, mais parce que c’est nécessaire. Avant de panser une plaie, il faut la sonder à fond. Ne retenez aucune vérité ; exposez-les toutes avec une franchise complète.

 

e) Adressez-vous à la conscience de celui auquel vous parlez. Dans des discours publics, les ministres ne s’adressent quelquefois qu’aux sentiments, qu’aux passions ; et ils réussissent ainsi à agir sur les esprits. Mais dans la conversation particulière, vous ne pouvez guère vous servir de ce levier; et si vous ne serrez pas la conscience de près, vous ne pouvez vous emparer de l’esprit de celui à qui vous avez à faire.

 

f) Mettez-le en face des grandes vérités fondamentales de l’Evangile. Les pécheurs sont très disposés à vous échapper sous quelque prétexte, ou en se jetant sur quelque point secondaire, surtout sur quelque point qui tienne à l’esprit de secte.

Vous aurez à faire par exemple à un presbytérien ; il tâchera de tourner la conversation sur quelqu’un des points qui distinguent les presbytériens d’avec les méthodistes ; vous parlera de dissidence, d’église nationale, de questions d’église, en un mot, ou de quelque vieux point de théologie.

N’entrez pas sur son terrain; vous ne lui feriez aucun bien quelconque. Dites-lui que l’affaire dont il s’agit pour le moment, c’est de sauver son âme, et non de régler des controverses théologiques, et retenez-le sur les grands points fondamentaux par lesquels il sera sauvé ou perdu.

 

g) Soyez d’une grande patience. Si celui à qui vous parlez a dans son esprit une difficulté véritable, cherchez patiemment où elle gît, puis éclaircissez-la. Si vous trouvez que ce ne soit qu’une vaine subtilité, faites-lui voir ce qu’il en est. Dans ce cas, ne vous mettez pas en frais de raisonnement, mais montrez au pécheur qu’il n’est pas sincère. Montrez-lui que c’est un péché de s’attacher à de vaines chicanes et attirez ainsi sa conscience de votre côté.

 

h) Veillez soigneusement sur vous-même et sur vos mouvements. Il y a des gens qui ne sont pas bien propres à parler avec les ennemis de la religion. Ces derniers ne désirent rien de plus que de vous voir en colère, et ils s’en iront tout joyeux d’avoir mis hors des gonds un de ces saints hommes qui les prêchent toujours.

 

i) Quand un pécheur se montre disposé à se retrancher contre Dieu, ayez soin de ne prendre son parti sous aucun rapport. S’il vous dit qu’il ne peut accomplir son devoir, ne le croyez pas, et ne dites rien pour le soutenir dans sa fausseté.

Ne l’assistez pas dans la controverse qu’il élève contre son Créateur. Il cherchera, peut-être, à trouver des fautes chez les chrétiens. Dites-lui qu’il n’a pas à répondre de leurs péchés, et qu’il ne doit s’occuper que de ses propres affaires. Si vous l’approuvez, il sent qu’il vous tient de son côté. Montrez-lui que c’est un méchant esprit de censure qui le pousse à faire ces remarques, et nullement le zèle pour la gloire de Dieu ou pour la religion.

 

j) Faites tourner la conversation sur les péchés particuliers de celui qui vous parle. Il est absolument inutile de parler contre le péché en termes vagues et généraux ; vous devez montrer à votre homme que c’est lui-même que vous avez en vue. Un ministre qui ne peut faire sentir à ses auditeurs qu’il s’agit d’eux-mêmes dans son discours, ne peut s’attendre à beaucoup de succès.

Il y a des personnes qui évitent avec soin de mentionner les péchés particuliers dont est coupable celui à qui elles parlent ; elles ont peur de l’offenser. Cette méthode ne vaut rien. Si vous connaissez son histoire, rappelez-lui ses péchés avec douceur, mais franchement ; non pour l’offenser, mais pour réveiller sa conscience et pour donner pleine force à la vérité.

 

k) En général il faut tâcher d’être bref, et de ne pas trop délayer ce que nous avons à dire. Poussez l’attention aussitôt que possible sur le point important; dites peu de choses, mais faites qu’elles arrivent au cœur et à une conclusion. S’il est possible, amenez le pécheur à la repentance pour qu’il se livre à Christ sur le champ. Voilà votre but. Faites que celui à qui vous parlez comprenne qu’il doit se convertir sur le moment et non plus tard.

 

l) Autant que possible, tâchez, quand vous parlez à des pécheurs, de prier aussi avec eux. Si vous leur parlez et que vous les quittiez sans prier, vous avez peu de chance d’avoir eu du succès.

 

 

II. Manière de traiter des pécheurs réveillés.

Ayez soin de distinguer entre un pécheur simplement réveillé et un pécheur déjà convaincu de péché. Quand vous voyez un homme commencer à s’occuper un peu de religion, n’allez pas croire aussitôt qu’il sent convenablement ses péchés. Vous négligeriez alors de travailler à les lui faire découvrir.

Souvent quelques personnes sont réveillées par quelques circonstances providentielles, telle qu’une maladie, une épidémie, un cas de mort dans la famille, un chagrin, que sais-je ? Un coup de tonnerre ou quelque autre chose semblable. Quelquefois c’est directement par l’Esprit de Dieu, de sorte que leurs oreilles sont ouvertes et qu’elles sont disposées à écouter avec attention et sérieusement des avis religieux.

Si vous trouvez une personne de ce genre, ne perdez pas de temps pour jeter de la lumière dans son esprit ; ne craignez pas de lui montrer l’étendue de la loi divine et la précision de ses préceptes. Montrez-lui que cette loi condamne ses pensées et sa vie précédente.

Sondez son cœur et placez-lui devant les yeux tout ce que vous pouvez y trouver, forcez-là, s’il est possible, à se rendre sur le coup. Il ne fois que vous avez gagné l’attention d’un pécheur, sa conviction et sa conversion peuvent être l’affaire d’un instant, et vous avancerez alors plus en cinq minutes que vous n’auriez fait durant des années entières ou même toute une vie avec un pécheur insouciant.

J’ai souvent été confondu en voyant des parents cruels, des chefs de famille laisser vivre sous leurs yeux, pendant des jours et des semaines entières, un pécheur réveillé sans lui adresser une seule parole à ce sujet. Ils disent que, si l’Esprit de Dieu a commencé en lui une œuvre, il ne manquera pas de la continuer.

Peut-être cette personne désire-t-elle un entretien religieux ; peut-être qu’elle se met elle-même sur le chemin des chrétiens pour qu’ils lui parlent ; et ceux-ci ne lui disent mot. Chose horrible ! On devrait s’occuper d’un pécheur réveillé du moment où l'on s’en aperçoit, et jeter à l’instant même un rayon de lumière dans son âme.

Dès que vous avez quelque raison de croire qu’une personne à laquelle vous pouvez parvenir est réveillée, vous ne devez pas vous accorder un instant de sommeil jusqu’à ce que vous ayez réussi à l’amener à la repentance. C’est alors le moment de s’en occuper avec efficace ; si vous négligez cette occasion favorable, elle ne reviendra peut-être jamais.

J’ai souvent vu dans des réveils des chrétiens se tenir comme en sentinelles pour voir s’il n’y avait pas quelqu’un qui parût se réveiller du sommeil du péché. Dès qu’ils s’apercevaient qu’an des assistants paraissait ému de la prédication, ils le notaient ; et quand l’assemblée était terminée, ils l’invitaient à venir chez eux pour parler et prier avec lui, afin, s’il était possible, de ne pas le laisser aller qu’il ne fût converti.

Il y eut un cas remarquable de ce genre dans une ville de l’ouest. Un marchand y arrivait de loin pour faire des emplettes. C’était le moment d’un puissant réveil dans cet endroit; mais ce négociant avait arrêté qu’il se préserverait de son influence et qu’il refuserait absolument de se rendre à une assemblée quelconque. A la fin, il vit que tout le monde était tellement occupé de religion, qu’on lui en parlait de tous les côtés; il en fut ennuyé, et voyant qu’il ne pouvait point faire d’affaires, il retint une place à la diligence qui devait partir la nuit suivante, à quatre heures.

Quand ce fut fait, un jeune homme de la maison, nouveau converti, apprenant qu’il devait quitter la ville, lui demanda s’il ne voulait pas se rendre une fois à l’assemblée avant de s’en aller. Il s’y laissa entraîner. Le sermon lui fit quelque effet, mais pas assez pourtant pour le convertir ; il retourna dans son logement et demanda à payer son compte.

Le maître de la maison, lui-même nouvellement converti, vit que cet homme était agité. Il lui parla en conséquence de religion, et tout d’un coup le marchand fond en larmes. Alors le maître de la maison fit venir aussitôt trois ou quatre autres nouveaux convertis qui prièrent avec lui et l’exhortèrent. A quatre heures du matin, au départ de la diligence, le marchand partit se réjouissant en Dieu.

De retour chez lui, il rassemble sa famille, lui confesse ses péchés, déclare sa résolution de changer de vie et prie avec elle pour la première fois. La chose était si inattendue, que le bruit s’en répandit rapidement; une foule de monde s’en occupa, et il éclata un réveil dans cet autre endroit. Maintenant, supposé que les chrétiens dont je viens de vous parler eussent été insouciants comme tant d’autres, et qu’ils eussent laissé partir cet homme avec des impressions superficielles et imparfaites, peut-être n’eût-il jamais été sauvé: des occasions de ce genre sont souvent perdues pour toujours quand on laisse passer le moment favorable.

 

 

III. Manière de se conduire avec des pécheurs convaincus de péché.

Par un pécheur convaincu, j’entends un homme qui se sent condamné par. la loi de Dieu comme pécheur coupable. Il est suffisamment instruit pour entrevoir l’étendue de cette loi; il voit et sent ses péchés, et il sait même quel en est le remède. Il faut quelquefois une grande sagesse pour traiter convenablement des hommes de ce genre, et il y a souvent des cas extrêmement difficiles à cet égard.

 

1° Lorsqu’une personne est convaincue et n’arrive pas jusqu’à la conversion, mais reste dans l’inquiétude, il y a presque toujours pour cela quelque raison particulière.

Dans ces cas, il est inutile d’exhorter la personne à se repentir ou de lui expliquer la loi. Elle sait tout cela, et cependant elle ne se repent point. Il doit donc y avoir là quelque obstacle spécial à surmonter : Vous pouvez prêcher, prier, exhorter jusqu’à la fin du monde sans rien obtenir. Vous devez donc vous mettre à rechercher quelle est la difficulté particulière qui s’oppose à vous.

Lorsqu’un médecin est appelé auprès d’un malade, il lui administre d’abord les remèdes généralement applicables à son cas. S’ils ne produisent pas d’effet et que le malade continue, il faut qu’il examine le cas de plus près, et qu’il cherche à connaître la constitution spéciale de l’individu, ses habitudes, son régime, manière de vivre, etc., et tâche ainsi de découvrir pourquoi les remèdes ne produisent pas d’effet. Il en est de même du cas dont nous parlons. La difficulté particulière dont il s’agit est souvent connue de l’individu lui-même, quoiqu’il ne veuille pas l’indiquer. D’autres fois pourtant elle échappe à sa propre observation.

 

a) Peut-être l’individu a-t-il quelque idole, quelque chose qu’il aime mieux que Dieu et qui l’empêche de se livrer entièrement. Il vous faut chercher ce point; c’est peut-être la richesse, peut-être quelque affection du cœur, peut-être la toilette ou quelque plaisir particulier. Dans tous les cas, il y a dans ce cœur quelque chose de positif qui le retient de se donner à Dieu.

 

b) Peut-être la personne a-t-elle fait tort à quelqu’un et ne veut-elle pas confesser ce péché ou le réparer convenablement. Or, jusqu’à ce qu’elle l’avoue et l’abandonne, elle ne trouvera pas son pardon. Peut-être a-t-elle fait tort à quelqu’un dans ses biens ou dans sa réputation. Il faut réparer ce mal. Si vous pouvez découvrir quelque chose de ce genre, déclarez franchement à cette personne qu’il n’y a pour elle aucun espoir jusqu’à ce qu’elle soit disposée à confesser son tort et à le réparer.

 

c) Quelquefois c’est tel péché tout-à-fait particulier qu’on ne veut pas abandonner. On prétend que ce n’est qu’une bagatelle, ou même que la chose est innocente ; mais ici la prétendue petitesse du péché ne fait rien du tout. Vous ne pouvez entrer dans le royaume de Dieu que vous ne l’ayez abandonné.

Peut-être un homme aura-t-il vu qu’il y a chez lui quelque péché à fumer sans nécessité. Dans ce cas il ne trouvera jamais la paix jusqu’à ce qu’il ait quitté son tabac. Que parle-t-il de petits péchés ? Dans des cas pareils, Dieu n’en connaît pas de petits. Quel est votre péché ?

Peut-être, sous prétexte de santé, nuisez-vous à votre santé ; vous donnez un mauvais exemple et vous employez à du tabac l’argent de Dieu que vous devriez employer à son service. Que dirait un négociant s’il voyait un de ses commis lui prendre de l’argent dans son coffre pour se fournir des cigares ?

Dirait-il que c’est un petit péché ? Non, il dirait que cet homme mérite d’être mis en prison. Je mentionne ce péché particulier, parce que j’ai vu que c’est une des choses auxquelles s’arrêtent souvent des hommes convaincus de péché et qui savent mal faire en vivant dans cette habitude. Ils ont bien tort de s’étonner de ne pas trouver la paix de la conscience.

 

d) Voyez s’il n’y a pas quelque restitution à faire à laquelle on se refuse. Peut-être le pécheur que vous avez devant vous a-t-il fait tort à quelqu’un dans le commerce ou s’est-il procuré quelque avantage contraire à cette règle d’or de faire à autrui comme nous voudrions qu’on nous fît ; puis il refuse de faire satisfaction.

C’est un péché très commun parmi les négociants. J’ai connu un grand nombre d’exemples profondément affligeants d’hommes qui ont contristé le Saint-Esprit de Dieu et qui ont été conduits tout près du désespoir parce qu’ils refusaient de réparer des péchés de ce genre ; car il est évident qu’on ne peut trouver la paix que sous cette dernière condition.

 

e) Peut-être un pécheur se sera-t-il retranché quelque part avec obstination dans quelque point particulier sur lequel il ne veut pas céder. J’ai connu un homme qui avait résolu de ne jamais aller prier dans un certain bosquet où plusieurs personnes se rendaient à l’époque d’un réveil pour y prier, y méditer et s’y consacrer à Dieu.

C’était un avocat, et l’un de ses clercs avait été converti en cet endroit. L’avocat lui-même était réveillé, mais il lui prit l’idée de ne jamais aller dans ce bosquet. Il marcha pendant plusieurs semaines sous de puissantes convictions de péché, sans trouver la paix. Il s’efforçait de prouver à Dieu lui-même que ce n’était pas l’orgueil qui l’empêchait d’aller à Christ.

On le voyait quelquefois, au retour de l’assemblée, se jeter à genoux dans la rue même, au milieu de flaques d’eau, pour s’y mettre en prières. Une fois il passa une nuit tout entière à prier dans sa chambre, mais il ne voulait pas se rendre au bosquet. Sa détresse devint si grande qu’il était tenté de s’ôter la vie et qu’un jour il jeta loin de lui son couteau, de peur de s’en servir pour se couper la gorge. Finalement il céda et se rendit dans le bosquet, où il fut immédiatement converti et rempli de joie en son Dieu.

Les exemples de ce genre sont aussi nombreux que singuliers. On ne voudra pas se rendre dans telle ou telle assemblée, ou bien prier avec telle ou telle personne, ou se placer dans certains bancs, ceux par exemple qu’on réserve en quelques endroits pour les personnes inquiètes sur leurs péchés. On dit qu’on peut tout aussi bien être converti sans fléchir sur des bagatelles de ce genre, et que la religion ne consiste pas à se rendre dans telle ou telle assemblée, à prendre telle ou telle attitude ou à se placer dans certains bancs.

C’est vrai ; mais ceux qui raisonnent ainsi font eux-mêmes d’une bagatelle une affaire importante ; et aussi longtemps qu’ils s’y obstinent et qu’ils veulent obliger Dieu à en venir à leurs fins, ils ne peuvent se convertir. Vous verrez souvent un pécheur faire toute autre chose au monde et plier sur tout autre point que sur celui dans lequel il s’est entêté pour résister à Dieu. Mais il ne pourra s’humilier réellement que lorsqu’il aura soumis sa volonté et abandonné sa résolution. Que si jamais il parvient à]a paix par une autre voie, il n’aura trouvé qu’une fausse paix.

 

f) Peut-être le pécheur a-t-il des préjugés contre quelqu’un ; peut-être contre un membre de l’Eglise ; on aura été fidèle à son égard au delà de ce qui lui plaisait; ou bien il y a chez tel ou tel une chose qui lui inspire de la répugnance. Voyez encore ce qu’il en est à cet égard, et dites-le franchement à celui qui cherche la paix, mais sans la trouver.

 

g) La colère ou la rancune sont encore un obstacle invincible à l’établissement de la paix de Dieu dans notre âme. « Lorsque vous voulez prier, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez-lui, afin que votre Père aussi qui est au ciel vous pardonne vos péchés. Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père céleste non plus ne vous pardonnera pas vos péchés. »

 

h) Peut-être que celui dont il s’agit, nourrit quelque erreur de doctrine ou quelque fausse notion sur ce qu’il s’agit de faire ou sur la manière de le faire, peut-être qu’il s’attend à ce que Dieu fasse tout. Il est convaincu qu’il mérite l’enfer, et qu’à moins de se convertir il y sera jeté.

Mais il attend que Dieu agisse avant de se soumettre lui-même ; c’est-à-dire, par le fait, qu’il attend que Dieu fasse pour lui ce que Dieu veut que fasse le pécheur. Peut-être attend-il une conviction de péché plus profonde ; car bien des gens ignorent ce que c’est que cette conviction ; et ils croient n’en point éprouver quand ils en sont déjà profondément travaillés.

Souvent l’on pense n’en avoir pas à moins d’éprouver une grande peur de l’enfer; mais le fait est qu’il y a des hommes profondément convaincus de péché, et qui éprouvent très peu ce dernier sentiment. Montrez-leur la vérité sur ce point, et faites-leur voir ainsi qu’ils n’ont aucun besoin d’attendre plus longtemps.

Peut-être le pécheur attend-il d’éprouver certaines impressions que d’autres ont ressenties, avant d’obtenir miséricorde. C’est un cas très commun dans des réveils où quelques-uns des premiers convertis ont pu parler d’expériences remarquables. Alors d’autres personnes réveillées sont très disposées à s’imaginer qu’elles doivent passer par les mêmes expériences.

J’ai connu un jeune homme dans ce cas ; un de ses amis avait été converti d’une manière frappante; et il voulait, lui, l’être de la même manière. Il se tourmenta longtemps en vain, puis il trouva pourtant à la fin qu’il était chrétien sans avoir passé par la même suite d’impressions que son ami.

Souvent les pécheurs se figurent tout un plan d’expériences et d’impressions d’après lequel ils décident que Dieu doit les conduire; et ils ne veulent marcher que dans cette manière. Dites-leur que cela ne vaut rien; qu’ils ne doivent pas se tracer ainsi d’avance un sentier, mais qu’ils doivent se laisser conduire par la sagesse de Dieu, qui sait mieux qu’eux ce qui leur convient.

Dieu conduit toujours les aveugles par un chemin qu’ils ne connaissent pas, et peut-être jamais un pécheur n’a-t-il été introduit dans le royaume à travers la suite d’expériences et d’impressions qu’il avait d’abord imaginées.

Très souvent certaines personnes s’attendent à devenir le sujet des prières d’autrui; ou bien elles cherchent à se corriger elles-mêmes. Elles sont si perverties, disent-elles, qu’elles ne peuvent venir à Christ ; elles cherchent à s’en rendre plus capables par des humiliations, par des souffrances et par des prières. Il faut aller les traquer dans toutes ces retraites.

C’est étonnant dans combien de cachettes de ce genre un pécheur ira souvent se blottir avant d’aller à Christ. J’ai vu des personnes avoir l’esprit dérangé, faute d’avoir reçu quelques simples directions sur ces sujets.

D’autres fois, les gens s’imaginent que leurs péchés sont trop grands pour être pardonnés, ou bien qu’ils ont à jamais repoussé l’Esprit de Dieu ; tandis que c’est cet Esprit même qui travaille tout ce temps à les convaincre ; et ils croient que leurs péchés sont plus grands que les compassions de Christ, en insultant ainsi, sans le vouloir ce Seigneur lui-même.

D’autres fois, les pécheurs s’imaginent qu’ils sont abandonnés de Dieu et qu’ils ne peuvent plus être sauvés. Il est souvent très difficile de retirer un homme de dessus ce terrain, et ça été le caractère d’un grand nombre des cas les plus pénibles que j’aie rencontrés. Dans une ville où je travaillais à un réveil, arrivant un jour à l’assemblée, j’entendis, avant de commencer, un bruit sourd, lugubre et qui ne semblait pas d’une voix humaine.

Je regardai autour de moi, et je vis quelques femmes rassemblées autour de celle qui poussait ces gémissements. Elles me dirent que c’était une femme au désespoir et depuis longtemps dans cet état. Son mari était un ivrogne. Il l’avait amenée à l’assemblée et était allé, lui, au cabaret. Je parlai avec elle, et je vis qu’il était bien difficile de la soulager.

Je m’éloignai pour commencer le service ; et alors elle voulut sortir, disant qu’elle ne pouvait entendre ni prier ni chanter. Mais je lui dis de ne pas se retirer : Et je recommandai aux femmes autour d’elles de la retenir, même par la force s’il le fallait ; car je sentais que, si le diable s’était emparé d’elle, Dieu était plus fort que lui et pouvait la délivrer.

L’exercice commença, et elle fit d’abord quelque bruit; mais peu à peu son regard se releva. J’avais choisi mon sujet en vue de son cas ; et à mesure que j’avançais, son attention se captivait davantage ; ses yeux se fixaient, jamais je n’oublierai ce coup d’œil, les yeux et la bouche ouverts, la tête haute, elle était sur le point de se lever de sa place à mesure que la vérité pénétrait dans son âme.

A la fin, lorsque cette vérité eut renversé tous les appuis sur lesquels avait reposé son désespoir, elle poussa un cri inarticulé, puis baissa la tête et se tint parfaitement tranquille jusqu’à l’issue de l’assemblée. Alors je m’approchai d’elle et la trouvai calme et heureuse en Dieu.

Je la revis longtemps après et elle avait persévéré dans cet état. C’est ainsi que la Providence l’amena en un lieu où elle ne s’attendait pas à se trouver, et la força d’entendre une instruction adaptée à son cas. Vous ferez souvent un bien incalculable en découvrant exactement où est la difficulté qui arrête un pécheur, et en faisant ensuite porter la vérité sur ce point.

D’autres fois, les gens soutiendront avec force qu’ils ont commis le péché irrémissible ; et une fois cette idée fixée dans leur esprit, ils tourneront tout contre eux. Dans certains cas de ce genre il est bon de prendre ces personnes sur leur propre terrain et de leur dire :  Je suppose que vous ayez commis ce péché irrémissible, n’est-il pas raisonnable pourtant de vous soumettre également à Dieu, d’être affligé de vos péchés, de les abandonner, et de faire tout le bien qui est en votre pouvoir, même dans le cas où vous devriez aller en enfer ? Insistez sur cette pensée, et la retournez devant le pécheur, jusqu’à ce que vous puissiez la lui faire comprendre et adopter.

Généralement, les personnes de ce genre fixent les yeux sur elles-mêmes, et ne regardent qu’à leurs ténèbres, au lieu de se détourner pour regarder à Christ. Si vous pouvez obtenir qu’elles jettent les yeux sur le Sauveur, au lieu de couver continuellement leurs impressions et leurs sentiments, vous leur apprendrez à connaître le salut et la joie de l’Evangile.

 

2° Ayez soin, en conversant avec des pécheurs convaincus, de ne faire avec eux aucun compromis sur quelque point qui les empêche de se donner entièrement à Dieu.

Si vous le faites, ils en prendront avantage pour se permettre de fausses espérances. Souvent des pécheurs de cette classe sont retenus par quelque péché favori, et refusent de plier sur quelque point, où la conscience et le Saint-Esprit leur font la. guerre. S’ils viennent à rencontrer un individu qui leur cède sur ce point, ils se sentent plus à l’aise et se croient en règle.

Le jeune homme qui vint à Christ était de ce caractère-là ; il avait une difficulté, et Jésus la connaissait; il aimait ses richesses, et Jésus, au lieu de lui rien céder et d’essayer de le consoler, met juste le doigt sur la plaie et lui dit : « Va ; vends tout ce que tu as; donne-le aux pauvres, puis viens et suis-moi. »

Quel en fut le résultat ? Le jeune homme s’en alla tout chagrin. Très probablement, si Christ lui eût dit de faire autre chose, il se serait senti soulagé, il aurait fait profession d’être un disciple, puis il serait entré dans l’Eglise et de là en enfer.

Souvent les gens sont étonnamment avides de faire les compromis dont je parle. Ils vous demanderont si vous ne croyez pas qu’une personne puisse être chrétienne, et pourtant faire telle et telle chose ou ne pas faire telle ou telle autre. Gardez-vous, dans ce cas, de céder un pouce de terrain. Ces questions elles-mêmes vous montreront souvent le point précis qui arrête le pécheur: ce sera l’orgueil, l’amour du monde ou quelque autre chose semblable.

Ayez soin de faire sur ce dernier point, de l’amour du monde, un travail solide et sérieux. Je crois qu’il s’est bâti plus de fausses espérances sur ce point-là que sur aucun autre. J’entendis un jour un docteur en théologie essayer de persuader ses auditeurs de renoncer au monde, en leur disant « que, s’ils voulaient seulement y renoncer d’intention, Dieu le leur rendrait Dieu veut bien, ajouta t-il, que vous jouissiez de ce monde. »

Misérable ! Jamais Dieu ne rend le monde au chrétien dans le même sens que celui dans lequel il exige que le pécheur y renonce ! Il veut que nous renoncions à la propriété de toutes choses, pour reporter cette propriété en entier sur Lui ; de manière à ne plus jamais regarder aucune chose comme appartenant à nous.

Un homme n’a pas le droit de décider par lui-même combien il doit mettre à part de ses biens pour Dieu. L’un pensera qu’étant maître de sa fortune, il a le droit de dépenser trente mille francs pour l’entretien de sa famille; un autre en mettra cent mille du même droit. Il y a quelques jours, un homme disait qu’il ne donnerait jamais rien de son argent pour élever des jeunes gens au saint ministère ; et lorsqu’on s’adresse à lui à cet effet, il répond : « J’ai dit que je ne donnerai jamais rien dans ce but, et j’en reste là. »

O homme ! Est-ce que Jésus vous a jamais dit d’en user ainsi avec son argent ? Souvenez-vous que c’est de son argent que vous pariez ainsi, et que s’il en a besoin pour élever des jeunes ministres, c’est à vos périls que vous le lui refusez ! Cet homme a encore besoin d’apprendre les premiers principes de la religion ; savoir qu’il ne s’appartient pas à lui-même et que toute sa fortune est à Jésus-Christ.

C’est ici la grande raison pour laquelle l’Eglise de Christ est si pleine de fausses espérances. On a laissé les hommes supposer qu’ils peuvent être chrétiens tout en restant attachés à leur argent, ce qui a opposé une barrière aux plus grandes entreprises. C’est un fait assuré que l’Eglise a des fonds suffisants pour fournir immédiatement au monde entier tout ce qu’il lui faut de Bibles, de traités et de missionnaires.

Mais ceux qui professent la religion ne croient pas que « la terre est au Seigneur, avec tout ce qu’elle renferme. » Chacun suppose qu’il a le droit de décider de l’emploi qu’il doit faire de son argent; et on oublie que c’est à Jésus de nous dicter notre devoir à ce sujet.

Ayez donc soin de traiter ce point à fond: l’Eglise est maintenant pleine d’hypocrites, parce qu’on ne leur a jamais appris à renoncer au monde. On ne leur a jamais appris que, à moins de se consacrer à Christ tout entiers avec tout leur temps, tous leurs talents et toute leur influence, ils n’iront jamais au ciel.

Plusieurs pensent qu’ils peuvent être chrétiens et traverser pourtant la vie comme un songe, en usant pour eux-mêmes de leur temps et de leur fortune, en donnant de temps à autre une bagatelle qui ne leur coûte rien, pour sauver les apparences; mais c’est une erreur fatale; et ils le verront à la fin, s’ils n’emploient pas pour Dieu tout ce qu’ils ont reçu de facultés. Quand ils mourront, ils trouveront au bout du sentier qu’ils suivent, au lieu du ciel, l’enfer.

En traitant donc avec un pécheur convaincu, ayez soin de le chasser de tout refuge, et de ne lui pas laisser un pouce de terrain aussi longtemps qu’il résiste à Dieu; il ne faut pas pour cela de bien longs discours. Quand l’Esprit de Dieu est déjà à l’œuvre et lutte avec un pécheur, il est facile de le chasser de ses retranchements.

Vous verrez que la vérité est comme un marteau qui brise tout ce qu’il frappe; balayez le terrain, de sorte que le pécheur se livre à Dieu tout entier; et traitez ce point comme étant le point capital. Ayez soin en même temps d’empêcher que le pécheur ne voie en tout cela un calcul bien entendu d’égoïsme; comme si l’homme, en abandonnant ses péchés pour recevoir son pardon et le salut en échange, faisait un bon marché. Ce ne serait là qu’un troc et non de la soumission envers Dieu.

Une autre fois j’attirerai votre attention sur certaines choses qu’il faut éviter, en conversant avec les pécheurs dont il s’agit.

 

 

REMARQUES ADDITIONNELLES.

1. Qu’un objet constant de vos recherches, de vos réflexions et de vos prières de chaque jour soit d’apprendre la manière dont il convient de se conduire avec les pécheurs pour avancer leur conversion.

Sauver les âmes est la grande affaire de chaque chrétien ici-bas. Souvent on se plaint de ne savoir comment s’y prendre; mais la raison en est toute simple ; on n’a jamais étudié ce sujet; on n’a jamais pris la peine nécessaire pour se mettre en état de faire un si beau travail.

Si les hommes ne mettaient pas plus d’attention et de peine à se rendre habiles dans les affaires de cette vie qu’ils n’en mettent à sauver les âmes, quel succès croyez-vous qu’ils auraient ? Et si vous négligez ainsi la plus grande affaire de la vie, quel est donc le but de votre existence ? Dans tous les cas, votre conduite, comme chrétiens, est misérable et absurde.

 

2. Plusieurs de ceux qui professent la foi en Christ font plus de mal que de bien lorsqu’ils cherchent à conduire des pécheurs à la vérité.

Ils ont si peu de connaissance et de savoir-faire, que leurs paroles détournent l’attention plus qu’elles ne l’attirent.

 

3. Ayez soin de chercher le point précis sur lequel l’Esprit de Dieu attaque un pécheur.

Faites porter toutes vos remarques sur ce même endroit. Si vous en détournez son attention, vous courrez grand risque de détruire les convictions qu’il a déjà. Cherchez à connaître l’état de son esprit, ce qu’il en pense lui-même, le sentiment qui l’occupe le plus ; puis pressez ce point sans lui parler d’aucune autre chose.

Il y a des gens qui craignent de pousser une âme dans un sentiment qui la préoccupe déjà avec force, de peur, disent-ils, de la jeter dans quelque excès et de la troubler. Mais quand il est évident que l’Esprit de Dieu presse le même sujet dans l’âme du pécheur, c’est vouloir être plus sage que Dieu, que de concevoir des craintes pareilles. Il faut tout éclaircir, entourer de lumière le point ténébreux et forcer l’âme à se soumettre ; c’est alors seulement qu’elle trouve le repos.

 

4. On a fait bien du mal et créé bien des fausses espérances en ne distinguant pas entre un pécheur simplement réveillé et un pécheur convaincu.

En exhortant les premiers « à se repentir, à se soumettre à Dieu, » quand ils ne sont pas encore convaincus de leur état de péché. On leur parle alors de choses qu’ils ne peuvent pas encore comprendre.

Plus d’un réveil a été entravé par une semblable méthode.

 

5. Il faut considérer des pécheurs angoissés comme étant dans un état très solennel et critique.

En effet, ils sont arrivés à un embranchement de leur route, à un moment où il est probable que se décide leur destinée éternelle ; l’Esprit de Dieu ne conteste pas à toujours. Il faut que les chrétiens éprouvent pour eux des sentiments profonds ; car, sous plusieurs rapports, on pourrait dire que l’état actuel de ces âmes est plus solennel que le jour même du jugement.

Ce dernier jour manifestera la chose: celui-ci la décide ; car le moment où cela se fait, c’est quand l’Esprit de Dieu conteste avec le pécheur. Les chrétiens devraient se rappeler l’immense responsabilité qui pèse sur eux dans ce moment-là. Un médecin, qui connaît tant soit peu son devoir, éprouve quelquefois un sentiment de ce genre.

Son patient est dans un état critique, suspendu, tremblant entre la vie et la mort, et la moindre erreur peut le perdre. Si nous sentons le poids de cette responsabilité quant au corps, que devons-nous éprouver quand nous voyons l’âme flottant dans la même alternative entre la vie et la mort éternelle.

Une seule impression faussée, une remarque indiscrète, une sentence mal comprise peut pousser cette âme dans une fausse voie et la perdre! Jamais ange ne fut employé à une œuvre plus solennelle que celle d’un chrétien qui traite un pécheur.

Finalement, s’il y a ici dans cette maison un pécheur inconverti, qu’il me laisse l’exhorter à abandonner toutes ses excuses. On vous a dit ce soir qu’elles étaient toutes inutiles. Le ciel ou l’enfer vont faire retentir aujourd’hui jusqu’aux extrémités de l’univers le parti que vous allez prendre. Cette heure-ci peut décider de votre destinée éternelle ; voulez-vous vous soumettre à Dieu ce soir, à ce moment ?

 

 Charles Grandison Finney

 

 

Sources / Infos

list arrow  LIVRE: « Discours sur les réveils religieux »  (Finney Ch.) - Edition 1886

GENÈVE E. BEROUD & Cie, libraires, 2, Grand’rue. PARIS GRASSART, 2, rue de la Paix. FISCHBACHER & Cie, 33 r. de Seine. MONNERAT, 48, rue de Lille. CHASTEL, rue Roquépine. MARSEILLE Mme TOURN, 38, r. de la République. LYON VAUTRIN, 10, rue Lanterne. VEVEY B. CAILLE, libraire. Genève.—Imprimerie Maurice Richter, rue des Voirons, 10.

Numérisation M-C P. Ocr Yves PETRAKIAN Juin 2005 - http://456-bible.123-bible.com

 

discours de Finney

« L’Eglise est dans une crise solennelle.... Il faut qu’il s’élève vers les cieux un cri général des chrétiens, comme le bêlement du troupeau, pour que le Berger s’approche de plus près de ses brebis. J’ai voulu rappeler ces pensées à mes frères protestants, en publiant les Discours de Finney sur les Réveils. Ces Discours n’ont pas, semble-t-il, la vogue chez les grands de l’Eglise ; mais ce n’est nullement une preuve, bien s’en faut, qu’ils ne méritent le respect et l’attention des vrais chrétiens.

L’homme regarde à l’apparence, mais l’Eternel regarde au cœur; l’homme est chatouilleux pour la forme et peu difficile pour le fonds ; le chrétien fait l’opposé ! »

Celui qui écrivit ces lignes plaçait le Réveil de l’Eglise au-dessus de toute autre préoccupation.

C’est dans le même esprit, et pour répondre à de nombreuses demandes, que nous nous sommes décidés à réimprimer le présent volume publié par lui il y a plus de quarante ans. Il n’a rien perdu de son actualité, loin de là! S’il y a jamais eu un moment où ces Discours ont été chez nous à l’ordre du jour, ce moment-là est arrivé.

Genève, décembre 1885. LES EDITEURS.

 

 

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Coup d'oeil sur sa vie

 

Charles Finney

 

Charles Finney naquit en 1792 dans le Connecticut. (1)

Son éducation religieuse fut négligée à tel point qu’il n’eut connaissance des vérités évangéliques qu’à l’âge de 26 ans, quand il commença l’étude du droit. Encore, ces vérités lui furent-elles présentées par une église qui n’avait plus la vie. Finney, ardent à s’éclairer, suivait les réunions de prières:

 

Mais il ne tarda pas à constater avec surprise que les prières n’étaient point exaucées et que même on ne s’attendait guère à ce qu’elles le fussent. Les membres de l’église demandaient un réveil et affirmaient qu’en le demandant sincèrement, Dieu l’accorde; d’autre part, ils ne cessaient de gémir sur leur état lamentable. Finney ne savait que penser de leur sincérité ; et quand on lui demanda s’il désirait que l’on priât pour lui : « Non, répondit-il, car je ne vois pas que vos prières soient exaucées. » Dès lors, il ne voulut plus d’autre guide que la Parole de Dieu qu’il étudiait avec ardeur.

 

L’intelligence du jeune avocat avait saisi la vérité, mais son cœur n’était point encore gagné, lorsqu’un dimanche, dans l’automne de 1821, il prend la ferme résolution de donner son cœur à Dieu. La fausse honte s’empare alors de lui et son trouble augmente. Le mardi soir, il tremble à la pensée que s’il venait à mourir, l’enfer le recevrait. Le lendemain, sa conscience lui rappelle avec force sa promesse de donner son cœur à Dieu. « Pourquoi attendre ? Essaierais-tu de faire toi-même ton salut ? »

Il comprend alors que le salut est complet, achevé, qu’il ne s’agit plus que de l’accepter en renonçant à tout péché. « Je l’accepterai aujourd’hui même, ou je mourrai à la peine ! » répond-il à la voix intérieure. Et après une lutte intense, dans un bois où il s’était caché avec soin, son orgueil lui est révélé ; il le repousse alors avec une décision absolue. « Je ne quitterai pas ce lieu, se dit-il, quand même tous les hommes du monde et tous les diables de l’enfer s’assembleraient pour me regarder. Eh quoi ? un pécheur dégradé comme je le suis aurait-il honte d’être surpris par un autre pécheur, implorant à genoux la miséricorde de son Dieu ? Non, non! ce serait un trop grand péché ! »

Son cœur se brise ; toutes ses résistances sont vaincues, et cette parole de l’Ecriture lui revient à l’esprit : « Vous me chercherez et vous me trouverez, après que vous m’aurez recherché de tout votre cœur » (Jer 29:13). Il s’en empare aussitôt. « Auparavant j’avais cru d’une foi d’intelligence, dit-il ; il ne m’était jamais venu à l’esprit que la foi est un acte délibéré de confiance, non un état intellectuel. J’avais conscience en ce moment de me fier à la véracité de Dieu. » De retour au village, une paix inconnue remplit son âme.

Mais il s’alarme bientôt de ne plus retrouver en lui le sentiment du péché. « J’aurai contristé le Saint-Esprit par mon importunité, » se dit-il. Cependant ses pensées se détournent toujours de lui-même pour se fixer sur Dieu avec une douceur, une paix, une joie inexprimables. Il ne peut manger; il veut chanter des cantiques, mais il lui semble que « son cœur est devenu liquide, » et sa voix se noie dans les larmes.

La journée terminée, son cœur se fond de nouveau. « L’élan de mon âme était si puissant, dit-il dans ses Mémoires, que je me précipitai pour prier dans la chambre contiguë au bureau Il n’y avait ni feu ni lumière dans cette chambre ; néanmoins elle me parut tout éclairée. Comme j’entrais, fermant la porte après moi, il me sembla que je rencontrais le Seigneur Jésus-Christ face à face.

L’idée ne me vint pas, ni de longtemps, que c’était un état moral. Au contraire, il me semblait le voir comme j’aurais vu un autre homme. Il ne disait rien, mais il me regarda de manière à me faire tomber à ses pieds. J’ai toujours dès lors considéré ce phénomène comme un très remarquable état de mon esprit ; car j’avais le sentiment de la réalité de sa présence et je tombai à ses pieds, sanglotant comme un enfant, et confessant mes péchés aussi bien que me le permettait mon émotion. Il me sembla que je baignais ses pieds de mes larmes ; toutefois je ne me rappelle pas avoir eu distinctement l’impression de l’avoir touché.

« Il faut que je sois resté longtemps dans cet état, car lorsque je fus rendu assez calme pour que l’entrevue prît fin, étant rentré dans le bureau, je trouvai que le feu s’était entièrement consumé. Mais comme j’étais sur le point de m’asseoir près de la cheminée, je reçus un baptême d’Esprit saint. Sans que je m’y fusse attendu, mon attention n’ayant jamais été dirigée sur ce point, le Saint-Esprit descendit sur moi avec une telle puissance que je me sentis comme pénétré de part en part, corps et âme.

Je pouvais sentir l’impression comme d’une onde électrique parcourant tout mon être; onde sur onde d’amour, je ne saurais l’exprimer autrement. Il me semblait que ce fût le souffle même de Dieu. Je me souviens distinctement avoir éprouvé comme si j’étais éventé par d’immenses ailes.

« Je ne tardai pas à m’endormir, mais je fus tout aussitôt réveillé par le flux d’amour qui était dans mon cœur. J’étais si rempli d’amour que je ne pouvais dormir. Quand je m’éveillai le matin, le soleil était levé, et ses rayons pénétraient dans ma chambre. Je ne saurais exprimer en paroles l’impression que me fit cette lumière. Instantanément, le baptême que j’avais reçu la veille revint sur moi de la même manière. Je m’agenouillai sur mon lit et pleurai de joie, répandant mon âme aux pieds du Seigneur. Il me semblait entendre une douce voix de réprimande disant : « Veux-tu douter ? Veux-tu douter ? » — « Non, m’écriai-je, je ne veux pas, je ne puis pas douter. » Une telle clarté se fit alors dans mon esprit qu’il me fut désormais impossible de révoquer en doute le fait que le Saint-Esprit avait pris possession de mon âme. »

« Dans cette situation le dogme de la justification par la foi me fut enseigné comme une vérité d’expérience.... Je comprenais désormais le passage : « Etant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu.» Je vis clairement que du moment où, dans le bois, j’avais cru, la conscience de ma condamnation m’avait été ôtée, et que c’était pour cela que tous mes efforts pour rappeler dans mon âme le sentiment du péché avaient été vains. La conscience de ma condamnation était partie, mes péchés étaient partis. Je crois vraiment que j’avais aussi bonne conscience que si je n’avais jamais péché.... Au lieu d’avoir le sentiment que je ne faisais que pécher, mon cœur était si rempli d’amour qu’il en débordait. » (Glardon, pag. 18.)

Désormais, le Saint-Esprit n’est pas seulement avec lui (Jn 14:17), il n’a pas reçu seulement une effusion de cet Esprit comme celle que reçurent les apôtres avant l’Ascension (Jn 20:22) ; il a reçu le baptême de la Pentecôte, celui de la « Puissance d’En Haut » dont furent « remplis » les apôtres pour être les « témoins » de Christ, partout et toujours, « jusqu’aux bouts de la terre » (Lu 24:49 Ac 1:8).

Aussi avec quelle puissance ne fut-il pas témoin de Christ le lendemain même, dès le premier instant! Il venait de rentrer à son bureau, son patron arrive, il lui parle aussitôt de son salut; et cet homme jusque-là incrédule a le cœur transpercé des paroles que le jeune homme lui adresse; aucune paix ne put rentrer dans son âme qu’il ne fût converti.

Dès lors, la vie de Finney n’est plus qu’une suite de miracles. Il court tout d’abord à ses parents, à ses amis, à ses voisins; et tous, croyants de nom et incrédules, s’abattent aux pieds du Sauveur, le cœur brisé par la puissance du témoignage que produit l’Esprit saint. Bien qu’il n’y ait aucune réunion annoncée, la salle de culte se remplit bientôt, car tout le village est en émoi; professants et incrédules, tous arrivent; mais le pasteur est parmi les auditeurs et personne ne se lève. Finney accourt alors et raconte comment l’amour de Dieu s’est révélé à son âme: l’impression est si profonde qu’il faut dès lors se réunir tous les soirs, et les conversions se multiplient considérablement.

Mais impossible de suivre l’œuvre merveilleuse de l’évangéliste ! Nous ne pouvons que noter les points principaux. Et tout d’abord cet esprit de prière dont Finney est rempli dès le commencement de sa carrière ; il est tel que Moody n’hésite pas à déclarer le grand évangéliste plus puissant encore par sa prière, que par sa prédication. Et nous ne pouvons oublier à ce sujet que souvent, dans les longues agonies de la prière d’intercession, « le secret de l’Eternel lui était révélé, » de sorte qu’il pouvait annoncer avec pleine certitude ce que Dieu ferait pour le châtiment ou pour le salut du pécheur, objet de son intercession.

Toute la ville en émoi; ce n’est que colères, menaces et projets criminels contre l’homme de Dieu. Mais après une journée de prière et de jeûne, celui-ci est plus que vainqueur. Réveil profond, immense. Santé de Finney ruinée au début, rétablie merveilleusement, bien qu’il prêchât plusieurs heures presque chaque jour. Et, au bout de six mois, deux églises nouvelles fondées à Evans’Mill, composées presque en totalité de nouveaux convertis.

De même, réveils merveilleux à Antwerp, à Sodome et ailleurs. En plusieurs de ces localités, l’action de la « Puissance d’En Haut » agissant par le serviteur de Dieu est telle, qu’en en prenant connaissance, le mot de miracle vous vient sans cesse à l’esprit. Pendant tout ce long ministère, « l’Esprit de puissance, d’amour et de sagesse » (2Ti 1:7) a reposé sur lui d’une manière permanente; cependant il déclare que parfois, reconnaissant que la puissance de l’Esprit avait diminué en lui, il n’avait retrouvé la plénitude de la puissance que par beaucoup d’humiliation et de prières.

Une seule de ses prédications bouleversait une ville entière; la puissance de son regard n’était peut-être pas moins célèbre que celle de sa parole. A Dieu ne plaise pourtant que nous lui attribuions en propre cette puissance! ce n’était là qu’un effet de ce «baptême de Saint-Esprit et de feu» que reçoit quiconque le veut. Mais Finney l’avait voulu, c’est-à-dire qu’il avait véritablement renoncé à tout pour le recevoir et pour le conserver; et ce baptême l’avait pleinement investi de tous les dons nécessaires à sa vocation.

De grands réveils furent amenés par un regard dont il avait transpercé le cœur du pécheur. Les adversaires parlaient de nerfs, de magnétisme, d’hystérie, de fanatisme, etc. etc., mais l’œuvre de Dieu n’en était pas moins évidente. Cependant les réveils se propageant comme une traînée de feu, l’opposition devint formidable ; il n’était sorte de calomnie qu’on ne répandît contre Finney et contre son œuvre, et il n’y avait pas d’histoire, si inepte qu’elle fût, qui n’obtînt quelque créance, pourvu qu’elle fût débitée contre lui.

Mais Finney en sortit plus que vainqueur par la prière. « Dieu, dit-il, me donna l’assurance qu’il serait avec moi et me soutiendrait; que rien ne pourrait prévaloir contre moi, que je n’avais autre chose à faire que de travailler paisiblement en attendant de lui seul la délivrance. »

 

Un dernier trait que nous relevons, dans cette œuvre de réveil, c’est l’insistance avec laquelle Finney réclame, avec la repentance, « les œuvres convenables à la repentance ». Aussi, les élégantes abandonnaient leurs parures ; les hommes d’affaires restituaient les sommes qu’ils n’avaient pas gagnées honnêtement ; les criminels se dénonçaient et se déclaraient prêts à subir la peine méritée. Les réveils étaient profonds et durables, parce qu’ils étaient vrais; l’on ne se convertissait pas pour être heureux, mais pour servir Dieu.

 

Les Discours de Finney sur les réveils religieux, ainsi que leur auteur, semblent inconnus dans nos facultés de théologie. Après la Bible cependant, nous ne voyons pas quelle mine plus riche des enseignements de l’Esprit de Dieu l’on pourrait citer. Vinet écrivait déjà dans le Semeur : « Aucun traité de théologie pastorale ne renferme autant d’éléments positifs d’instruction, et nulle prédication à nous connue ne présente le christianisme sous un aspect plus vivement et plus immédiatement pratique. »

Il est évident, en effet, que Finney enseigne ce qu’il sait, ce qu’il a vu, ce qu’il a vécu, et en quoi il ne peut errer. Il sait, lui, ce que c’est que d’être « rempli de l’Esprit ». Il sait et il a vu, comme d’autres et mieux que d’autres, que moyennant le travail spirituel et l’exercice, le plus ignorant et le moins doué de ceux qui ont vocation au ministère, s’il est rempli de l’Esprit comme c’est son devoir, arrivera à posséder ce qu’on attribuait trop en propre à Finney, à savoir originalité, et abondance, et clarté, et puissance.

«  Vous devez recevoir Christ pour votre sanctification aussi absolument que pour votre justification.

Il est aussi absolument votre sanctification que votre justification, et si vous dépendez de lui pour votre sanctification, il ne vous laissera pas plus tomber dans le péché qu’il ne vous laissera tomber en enfer. Il est aussi déraisonnable, aussi antiscripturaire et aussi coupable de vous attendre à l’un que de vous attendre à l’autre. Et si vous péchez, ce ne sera jamais autrement que par le fait d’incrédulité. »

 

{1} Voir Memoirs of Rev. Ch. G. Finney, the American evangélist, written by himself. Hodder & Stoughton, London; et Charles Finney, histoire de sa vie et de ses ouvrages, par Auguste Glardon. Georges Bridel, Lausanne.

 

Par David Smithers

LA PRIERE FACONNE L'HISTOIRE
par David Smithers

finney0« Parmi les noms qui sont attachés aux réveils que Dieu a accordés à Son Eglise au cours des siècles, il en est un qui doit être cité en première ligne : FINNEY, homme entièrement de la même nature que nous, mais livré sans restriction à Dieu, pour Son œuvre. Dieu s'est servi de lui pour embraser Son peuple et pour amener une grande multitude à accepter Christ comme Sauveur et à Le sanctifier comme Roi et Seigneur de leur cœur.

Finney nous a aussi procuré, par le moyen de sa plume, les principes de base de tout réveil religieux. C'est pourquoi il parle encore et n'a jamais cessé d'être en bénédiction à de nombreuses âmes. Le message de Finney, si viril, si logique et si loin de toute ambiguïté, se présente comme une réponse à ce besoin de réveil dont beaucoup d'enfants de Dieu sont aujourd'hui comme dévorés. (M. Weber, 1951 - préface à l'édition française des Discours sur les Réveils Religieux, Finney). Sans aucun doute possible, il fut une voix prophétique pour l'Amérique du 19e siècle. Son ministère produisit en toute logique des réveils, même dans des endroits considérés comme très durs et hermétiques à l'Evangile.

Comme le prophète Jérémie, Charles G. Finney fut oint de Dieu pour « arracher » et « planter » dans la vigne du Seigneur (Jérémie 1 :10). C'était un homme d'intense prière, de pureté et de passion. Dénué de tout ego, il était rempli du Saint-Esprit. Ses sermons étaient des éclats de chaîne, déversant des sentiments de conviction dans les cœurs des sceptiques les plus endurcis. Simple comme un enfant dans sa façon de prêcher, il décontenançait parfois ses auditeurs uniquement par ses prières. Il pouvait clamer les jugements de Dieu sur le péché avec la force du tonnerre et dans une grande liberté, pour présenter ensuite la miséricorde de l'Evangile avec tendresse et larmes.

Sans aucun doute possible, il fut une voix prophétique pour l'Amérique du 19e siècle. Son ministère produisit régulièrement des réveils, même dans des endroits considérés comme très durs et hermétiques à l'Evangile. L'autobiographie de Finney est remplie de récits relatant de puissantes manifestations du Saint-Esprit. A une certaine occasion où Finney prêchait dans un bâtiment scolaire, « soudainement une atmosphère de solennité terrible tomba sur l'assemblée et les chrétiens de la congrégation tombèrent de leurs chaises, pleurant pour obtenir miséricorde. » Finney déclara : « Si j'avais eu une épée dans chaque main, je n'aurais pas pu les frapper aussi vite qu'ils ne tombèrent. Je crois que toute l'assemblée était à genoux ou dans un état de prostration au bout de deux minutes. » Les cris et les pleurs des gens étaient si forts que l'exhortation que donna Finney à se confier dans la miséricorde de Christ n'était même pas audible.

 

Finney semblait si rempli de l'Esprit Saint que les gens étaient souvent amenés à la conviction de péché rien qu'en le regardant. Lors d'une tournée d'évangélisation à Utique, New York, il visita une grande usine. En le voyant, un des employés, puis un autre et encore un autre s'arrêtèrent de travailler et pleurèrent sous la conviction de leurs péchés, et finalement le nombre de personnes qui pleuraient et gémissaient fut si important que les machines durent être arrêtées pour laisser à Finney le soin de les conduire à Christ.

 

Finney semblait détenir le pouvoir d'imprimer dans la conscience des hommes la nécessité d'une vie vécue d'une façon si sainte qu'elle devait produire des fruits durables. " Plus de 85 % des personnes converties à Christ lors des réunions de Finney restaient attachés à Dieu, alors que 70 % de ceux qui avaient professé Christ dans des réunions tenues par un évangéliste même aussi illustre que Moody devenaient par la suite des rétrogrades.

De tels résultats furent le fruit d'heures et d'heures de prière. Ce n'était pas les prières de Finney seul qui assurèrent de tels réveils envoyés du ciel. Finney était soutenu par les prières de deux dons cachés de Dieu. C'était l'intercession cachée et cependant puissante du Père Nash et d'Abel Clary qui posa les fondements et prépara le terrain à ces puissantes visitations de Dieu. " Abel Carry s'était convertit à peu près à la même période que Finney et avait reçu une formation qui lui permettait de prêcher également, mais il avait un si lourd fardeau de prière qu'il ne pouvait prêcher beaucoup. Tout son temps et toutes ses forces étaient consacrés à la prière. Il gémissait et soupirait dans l'agonie, incapable de rester debout sous le poids."

livre8Après la mort de Clary, Finney découvrit le journal de prière de Clary. Finney s'aperçut que l'ordre exact dans lequel le fardeau avait été déposé sur le cœur de Clary correspondait à l'ordre suivant lequel s'étaient manifestées les bénédictions déversées sur son ministère.

Le Père Nash vécut une vie d'intercession presque continue. "Il se joignait à Finney, entretenait une liste de prière et était sans nul doute le secret en grande partie du merveilleux succès de Finney. Il ne prêchait pas et bien souvent n'assistait pas aux réunions, mais il restait dans sa chambre, ou dans les bois, luttant avec Dieu dans une prière puissante. Souvent avant le crépuscule, on pouvait entendre à plus de 500 mètres à la ronde le Père Nash prier dans les bois, ou dans une église, et le sentiment de la présence de Dieu était incroyable.

L'Eglise doit faire plus que d'avoir de l'estime pour l'histoire d'hommes tels que Charles Finney, le Père Nash et Abel Cary.

Si nous désirons expérimenter un réveil, nous devons nous repentir et pratiquer les vérités qu'ils ont proclamées : vérités d'une vie sainte et pure ; vérités d'une intercession secrète et d'un amour inconditionnel pour Jésus !

Source: The Watchword

 

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