« Celui qui gagne les âmes est sage (Pr 11:30). »

Je prêchai vendredi dernier sur le même texte, pour indiquer la manière dont les simples membres de l’Eglise doivent s’y prendre pour traiter les pécheurs. Mon objet aujourd’hui est de m’occuper des moyens de grâce qui tiennent publicité et surtout des devoirs des ministres. Nous avons dit que la sagesse consiste à employer les moyens propres à atteindre un but donné. Le grand but du ministère chrétien est de glorifier Dieu dans le salut des âmes. Je me propose de montrer à ce sujet:

I Qu’il faut une grande sagesse pour s’acquitter convenablement des devoirs du ministère.

II Que (toutes choses d’ailleurs égales) le succès du ministère est proportionné à la sagesse dont il a été accompagné. Je reprends.

 

 

I. Il faut une grande sagesse pour s’acquitter convenablement des devoirs du ministère.

1° Il la faut à cause des oppositions qu’il rencontre.

L’objet du ministère a contre lui par sa nature la plus puissante opposition des pécheurs eux-mêmes. Si les hommes étaient disposés à recevoir l’Évangile, et qu’il ne fallût absolument autre chose que de raconter l’histoire de la rédemption, chaque enfant pourrait s’acquitter de ce message. Mais les hommes sont opposés à l’Évangile ; ils s’opposent à leur propre salut quand il leur vient par cette voie ; souvent leur opposition est violente et raisonnée.

J’ai vu une fois un fou qui avait formé le projet de s’ôter la vie, et qui développait la dernière sagacité et toutes les ruses imaginables pour arriver à ses fins. Il faisait croire à ses gardiens qu’il n’avait plus aucune pensée de s’ôter la vie ; il paraissait doux et de sens rassis ; mais au moment où le gardien ne s’y attendait pas, il recommençait ses efforts pour s’ôter la vie. Les pécheurs usent des mêmes artifices pour échapper à ceux qui veulent les sauver ; et c’est pour cela que les ministres ont besoin d’une grande sagesse.

 

2° Les moyens qui doivent être employés dans cette œuvre prouvent également la nécessité d’une grande sagesse chez le ministre.

Si les hommes se convertissaient par un acte de toute-puissance physique qui créerait chez le pécheur de nouveaux goûts ou autres choses semblables, et si la sanctification n’était autre chose que cette même toute-puissance qui déracinât de l’âme les mauvais germes qu’elle contenait, il ne faudrait pas, pour gagner les âmes, tant d’habileté et d’adresse, et notre texte n’aurait plus de sens.

Mais la vérité est que la régénération et la sanctification ne s’effectuent que par des moyens moraux, par des motifs et non par la force. La vérité évangélique est le moyen extérieur présenté d’abord par l’homme, puis par le Saint-Esprit. Considérez l’opposition que fait le pécheur, et vous verrez que c’est la sagesse de Dieu et le pouvoir moral du Saint-Esprit seul qui peut détruire cette opposition et soumettre l’âme à Dieu; mais Dieu a voulu que cette œuvre se fît par des moyens appliqués avec attention, sagesse et discernement.

 

3° Le ministre est chargé de surmonter les pouvoirs de la terre et de l’enfer.

Comment n’aurait-il pas un pressant besoin de sagesse ? Le diable est constamment à l’œuvre, cherchant à empêcher les succès des serviteurs de Dieu, à détourner leur propre attention de dessus les choses religieuses, et à repousser le pécheur loin de Dieu et sur le chemin de l’enfer. Presque toute la constitution de la société est hostile à la religion ; presque toutes les influences qui entourent un homme depuis le berceau jusqu’à la tombe travaillent à l’encontre du ministère évangélique. Quand les pouvoirs des ténèbres et l’influence du monde presque entier s’unissent aux mauvaises dispositions du pécheur, ne faut-il pas de la sagesse pour s’opposer à tant d’ennemis ?

 

4° La même conclusion ressort de l’importance infinie du but même que se propose le ministre.

Cette importance comparée aux difficultés de l’œuvre ne fait-elle pas facilement répéter avec l’apôtre : « Qui est suffisant pour de telles choses ? »

 

5° Le ministre doit savoir réveiller l’Église et l’empêcher de s’opposer à la conversion des pécheurs.

C’est souvent la partie la plus difficile du travail d’un ministre ; et une fonction qui demande plus de sagesse et de patience qu’aucune autre. Aussi est-ce un point sur lequel presque tous les prédicateurs se montrent faibles. Ils ne s’entendent pas à réveiller l’Église, à y relever le ton de la piété et à aplanir ainsi le chemin de la conversion des pécheurs.

Il y en a un grand nombre qui savent très bien prêcher aux inconvertis, mais qui obtiennent pourtant peu de succès, parce que l’influence contradictoire de l’Église résiste à leur action, et qu’ils n’ont pas l’habileté nécessaire pour écarter ce dernier obstacle. Il n’y a dans nos contrées qu’un très petit nombre d’hommes qui sachent sonder l’Église lorsqu’elle est dans un état de froideur et d’incrédulité, de manière à la réveiller.

 

Les membres de l’Église pèchent contre une si grande lumière, que, lorsqu’ils tombent dans le relâchement, il est très difficile de les exciter de nouveau. Ils ont une forme de piété qui repousse la vérité avec une sorte de vigilance, et leur religion manque absolument de puissance et d’efficace. Des gens de cette espèce sont les êtres qu’il est le plus difficile de ranimer. Je neveux pas dire qu’ils soient toujours plus méchants que des pécheurs impénitents. Ce sont souvent des hommes employés à la partie machinale de la religion, et qui passent pour de très bons chrétiens; mais ils sont inutiles dans un réveil.

 

Il y a quelquefois des ministres qui s’étonnent d’entendre dire qu’une église soit dans le sommeil ; il ne faut pas être surpris que des hommes de cette sorte ne sachent comment s’y prendre pour réveiller une église. Nous avons entendu, l’autre jour, prêcher un jeune candidat qui semblait vouloir tout mettre en feu ; mais il était si parfaitement aveugle sur ce sujet, qu’il croyait toutes les églises de New-York en plein réveil.

Il y eut de même grand bruit et grande dispute il y a quelques années, parce que plusieurs disaient que les églises étaient assoupies. C’était parfaitement vrai ; mais plusieurs ministres, qui n’y connaissaient rien, s’étonnaient d’entendre parler ainsi. Quand les choses en sont venues au point que les ministres eux-mêmes ne savent ce que c’est qu’une église endormie, il ne faut pas s’étonner s’il n’y a point de réveil.

Je fus invité un jour à prêcher en un certain endroit. Je demandai au pasteur quel était l’état de l’église. « Oh ! » Me dit-il, ils sont réveillés jusqu’au dernier homme ! » Je me réjouissais à l’idée de travailler dans une église pareille ; car je n’avais encore jamais vu toute une église dans cet état. Mais quand j’y arrivai, je trouvai tout le troupeau endormi, et peut-être jusqu’au dernier homme.

Tenir l’église éveillée est donc la grande difficulté lorsqu’on veut réveiller les pécheurs; car ce sont deux choses bien différentes d’être secoué un moment et de faire grand bruit pendant quelques jours, ou bien d’avoir les yeux habitués à la lumière, d’avoir déjà vécu à l’école du Saint-Esprit, et de savoir trouver Dieu et travailler pour Christ.

 

6° Le ministre doit savoir employer l’Église quand elle est éveillée.

Un ministre qui se met seul à l’œuvre essaie de rouler un rocher jusqu’au haut d’une montagne. L’Église doit coopérer ; et elle peut beaucoup faire ; on a vu des réveils puissants se faire sans l’entremise d’un prédicateur. Mais quand un ministre sait s’y prendre avec une église déjà réveillée, quand il sait s’asseoir au gouvernail et la diriger, il peut se sentir fort; et souvent il trouvera qu’elle fait plus que lui-même pour la conversion des pécheurs.

 

7° Pour obtenir du succès, le ministre doit déployer de la sagesse dans la manière dont il emploie l’Église.

Souvent les membres du troupeau ressemblent à des enfants ; mettez les enfants à un ouvrage, ils vous paraîtront d’abord tout occupés ; mais pas plutôt vous aurez tourné le dos qu’ils s’arrêteront et iront s’amuser. C’est ici qu’est la grande difficulté pour la continuation d’un réveil. Il faut une grande sagesse pour savoir ramener à l’humilité une église qui s’élève pour avoir reçu des grâces, ou qui se relâche après avoir fait quelques efforts. Et cependant si un ministre désire gagner des âmes, il faut qu’il sache connaître quand le troupeau qui lui est confié commence à s’enorgueillir ou à perdre l’Esprit de prière. Il faut qu’il sache la sonder de nouveau et ramener ses ouvriers dans le champ pour y recueillir la moisson du Seigneur.

 

8° Il faut aussi qu’il comprenne l’Évangile.

Vous me demanderez peut-être si tous les ministres ne le comprennent pas. Je réponds que certainement ils ne le comprennent pas tous de même, puisqu’ils ne le prêchent pas tous de même.

 

9° Il doit savoir le « distribuer » de manière à avancer telles et telles vérités particulières en tel ou tel ordre.

Et à les faire porter sur les sujets et dans les moments les plus propres à produire de l’effet. Un ministre doit connaître la philosophie de l’esprit humain pour distribuer ses travaux de la manière la plus efficace possible. Il doit savoir présenter la vérité de manière à humilier les chrétiens ou à exciter leur sympathie envers les pécheurs, ou à réveiller et convertir ces derniers.

Souvent, après avoir réveillé les pécheurs, on perd le terrain qu’on avait gagné, faute de savoir pousser son avantage. Peut-être a-t-on prêché un sermon propre à émouvoir, et les pécheurs ont-ils été ébranlés ; puis, le dimanche suivant, on amènera quelque chose qui n’a aucun rapport avec l’état de l’assemblée. Il faut savoir suivre et entasser ses coups pour briser le pécheur et l’amener captif.

Il se perd un grand nombre de bons sermons par le défaut de sagesse que j’indique ici. L’auditoire se voit porté sans suite d’un sujet à l’autre, et un ministre peut se tuer de peine à prêcher ainsi au hasard sans jamais produire un grand effet. Il convertira par-ci par-là quelques âmes isolées ; mais il ne mettra point en mouvement toute une congrégation, à moins de savoir donner à son action une suite, et de calculer son plan d’opérations.

Il ne doit pas seulement être en état de sonner de la trompette avec assez de force pour réveiller le pécheur de sa léthargie ; mais il doit savoir, quand celui-ci est réveillé, le conduire au Sauveur par le chemin le plus court. Il faut bien se garder, quand les pécheurs ont été réveillés par un discours, de se mettre d’abord après à prêcher sur quelque sujet tout différent.

 

10° Il faut encore une grande sagesse pour atteindre différentes classes de pécheurs.

Par exemple ; on a prêché un sermon sur un sujet particulier qui a frappé une certaine classe des auditeurs ; peut-être qu’ils deviennent sérieux et qu’ils en parlent, ou peut-être qu’ils s’en moquent. Si le ministre est sage, il saura observer ces différents indices et les suivre avec soin, par des sermons adaptés à la portion de ses auditeurs qui a été touchée et jusqu’à ce qu’il les ait introduits dans le royaume de Dieu.

Il retournera ensuite en arrière pour s’attacher à une autre classe de ses auditeurs, pour découvrir où ils se cachent et se retranchent, pour renverser leurs retraites et les suivre à leur tour jusqu’à ce qu’il les introduise, eux aussi, dans le royaume de Dieu. Il devra aussi battre chaque buisson dans lequel se cachent quelques pécheurs, comme la voix de Dieu criait à Adam dans le jardin : « Adam, où es-tu ? »

Jusqu’à ce qu’une classe après l’autre soit prise, et qu’ainsi l’auditoire tout entier soit amené à Christ. Il faut bien de la sagesse pour faire tout cela ; car un ministre doit s’attacher à poursuivre tous les groupes de ses auditeurs, vieux et jeunes, hommes et femmes, riches et pauvres.

 

11° Un ministre a besoin de sagesse pour chasser les pécheurs de leur refuge sans leur en susciter lui-même de nouveaux.

J’ai vécu pendant quelque temps sous le ministère d’un homme qui avait conçu une grande alarme au sujet des hérésies, et qui s’employait constamment à réfuter les unes ou les autres. Il avait coutume d’en traiter une quantité dont son troupeau n’avait jamais entendu parler ; car il puisait ses idées dans des livres, et il se mêlait fort peu avec ses paroissiens pour savoir ce qu’ils pensaient.

Le résultat de tous ses travaux fut souvent que le peuple adoptait l’hérésie, plutôt que la réfutation ; parce que la nouveauté de l’erreur attirait tellement leur attention, qu’ils oubliaient ce qu’on lui avait opposé. Si un homme ne se mêle pas assez avec ses semblables pour connaître les pensées du jour et les erreurs courantes, il ne peut s’attendre à avoir la sagesse nécessaire pour repousser les objections et les difficultés.

J’ai entendu prêcher contre les universalistes (contre ceux qui croient que tous les hommes finiront par être sauvés) bien des sermons qui ont fait plus de mal que de bien, parce que les prédicateurs ne savaient pas comment résonnent les universalistes d’aujourd’hui ; ils n’ont jamais conversé avec eux, et ils n’ont puisé leurs idées sur l’universalisme que dans des livres écrits depuis longtemps, et qui sont surannés chez les universalistes eux-mêmes.

La conséquence en est que, lorsque ces ministres prêchent sur ce sujet, ils se battent contre un homme de paille et non contre l’universalisme qui pourrait se trouver dans leur auditoire. Et alors les gens se moquent du prédicateur, ou disent qu’il n’avance que des faussetés.

Presque tous ceux qui prêchent ou écrivent contre cette doctrine se croient appelés à combattre l’idée qu’il n’y a en Dieu d’autre attribut que la miséricorde; ils croient que c’est là la doctrine des universalistes, tandis qu’il n’en est rien. Ceux d’à présent rejettent, au contraire, entièrement l’idée de miséricorde dans le salut des hommes, et prétendent que chaque homme est puni dans la pleine proportion de ce qu’il a mérité.

A quoi sert donc de prouver contre les universalistes que Dieu est un Dieu de justice aussi bien que de miséricorde, quand ils regardent la justice de Dieu toute seule comme le fondement de leur salut ? De même, et encore contre la doctrine des universalistes, j’ai entendu attaquer l’idée que les hommes seraient sauvés dans leurs péchés. Or, les universalistes ne croient à rien de pareil; car ils disent, au contraire, que tous les hommes finiront par être sanctifiés, et que c’est de cette manière qu’ils seront sauvés.

Ceci montre combien il importe de connaître les sentiments des gens avant d’essayer de les redresser. Il est inutile de faire, en face d’un homme, une fausse exposition de ses doctrines pour essayer ensuite de le mieux instruire. Si vous établissez mal les vues ou les arguments d’un adversaire, ou il se fâchera, ou il rira sous cape de l’avantage que vous lui donnez, et il dira : « Cet homme ne peut raisonner avec moi loyalement, et pour réfuter ma doctrine il est obligé de la défigurer. »

Sans doute, des ministres ne font pas pareille chose à dessein; mais le résultat est toujours que de pauvres misérables créatures descendent en enfer, victimes de l’erreur, parce que des ministres ne prennent pas soin de s’informer par eux-mêmes de ce que sont réellement les erreurs régnantes. Là donc encore, il faut du travail, du soin et de la sagesse.

 

12° Les ministres doivent savoir qu’elles sont les mesures le mieux calculées pour atteindre le grand but de leur ministère.

Le salut des âmes. Il y a certaines mesures qui sont d’une nécessité évidente pour gagner l’attention des hommes et les amener à écouter la vérité. Il faut bâtir des lieux de culte, visiter de maisons en maisons, et une foule d’autres choses qui ont toutes pour objet d’attirer l’attention des gens sur l’Évangile. Or pour toutes ces choses il faut beaucoup de sagesse.

Que font les hommes qui s’occupent de politique ? Ils ont des assemblées ; ils font circuler des billets et des brochures ; ils publient leurs idées dans les gazettes ; ils mettent sur des roues des bateaux chargés d’étendards et de bateliers pour parcourir les rues et attirer l’attention ; ils envoient par toute la ville des voitures chargées de cartes de convocation pour enregistrer des votants et amasser des suffrages.

Tout cela sont des mesures sagement calculées pour atteindre leur objet ; ces hommes veulent gagner le peuple et le réunir ; or, ils savent qu’ils ne peuvent arriver à leurs fins que par l’excitation. Je ne prétends point que ces mesures soient pieuses, bonnes en elles-mêmes ; je dis seulement qu’elles sont sages, en ce sens qu’elles sont bien calculées pour atteindre leur objet.

Or l’objet du ministère est d’amener les hommes à sentir que le diable n’a pas le droit de gouverner ce monde ; mais que leur devoir à tous est de se donner à Dieu et de donner leurs votes au Seigneur Jésus-Christ, comme au Maître légitime de l’univers. Que faut-il donc faire ? « Gardez-vous des innovations, » disent quelques-uns.

Singulière chose ! Je dis, au contraire, que notre objet étant d’attirer l’attention, il nous faut avoir quelque nouveauté. Comptez que, dès le moment où une mesure est stéréotypée, elle cesse d’attirer l’attention, et il vous faut chercher quelque chose de nouveau. Je ne dis pas qu’il faille tout changer ; mais toutes les fois que les circonstances exigent quelque chose de plus, il faut quelque chose de nouveau, sans cela vous manquez votre but.

Sans doute un ministre ne devrait jamais introduire d’innovations sans nécessité ; s’il le fait, elles l’embrasseront; il ne peut altérer l’Évangile ; l’Évangile reste le même ; mais il faut de temps en temps quelques nouvelles choses pour attirer l’attention du public sur cet ancien Évangile ; et alors un ministre doit savoir introduire des nouveautés de manière à créer le moins possible de résistance.

Les hommes sont avides de formes en religion; ils aiment que leurs devoirs à cet égard soient pétrifiés de manière à les laisser à l’aise; et c’est pour cela qu’ils sont enclins à repousser toute innovation qui a pour but d’exciter chez eux quelque vie et quelque mouvement. Mais c’est pour cela aussi qu’il importe au plus haut degré d’introduire quelques sages innovations, de manière à ne pas fournir inutilement des occasions de résistance.

 

13° Il ne faut pas moins de sagesse chez le ministre pour arrêter des innovations qui seraient superflues.

Lorsqu’une mesure présente à elle seule assez de nouveauté pour attirer l’attention sur la vérité, il faut ordinairement n’en pas introduire d’autres. Vous avez atteint le but que se propose la nouveauté ; tout ce que vous feriez de plus risquerait de détourner l’attention publique de dessus votre grand objet et de la fixer sur vos mesures elles-mêmes.

Le champ des innovations est si vaste, que, si vous abusez de ces mesures, vous finirez par choquer l’esprit public. Soyons donc économes sur ce point. En usant avec sagesse du moyen de la nouveauté, nous pourrons rester dans le champ de celles qui sont sans reproche, puis, au bout de quelques années, ramener celles que nous avons introduites aujourd’hui et que nous pourrons abandonner dans quelque temps.

 

14° Pour gagner des âmes, un ministre doit savoir se conduire avec les pécheurs.

Suivant qu’ils sont insouciants, déjà réveillés ou inquiets sur leur salut, de manière à les conduire à Christ par le chemin le plus court et le plus direct. C’est une chose étonnante, que le nombre des ministres qui ne savent que dire aux pécheurs dans leurs différents états spirituels. Une bonne femme d’Albany me racontait qu’à l’époque où elle était fort travaillée, elle alla chez son pasteur pour le prier de lui indiquer ce qu’elle avait à faire pour trouver le repos.

Il lui répondit que Dieu ne lui avait pas donné beaucoup d’expérience sur ce sujet, et l’adressa à tel et tel diacre, qui peut-être pourrait mieux lui parler. Le fait était qu’il ne savait que dire à un pécheur travaillé par l’Esprit de Dieu quoiqu’il n’y eût rien de particulier dans le cas dont il s’agit. Or, si vous croyez que ce ministre fût une rare exception, vous vous trompez grandement. Il y a des ministres qui ne savent que dire aux pécheurs.

Un ministre convoqua un jour une assemblée destinée aux pécheurs angoissés (an anxious meeting) ; puis, au lieu d’entrer successivement en quelque conversation avec les assistants, il se mit à leur faire cette question du catéchisme : « En quoi est-ce que Christ remplit l’office d’un sacrificateur ? » Question qui allait aussi bien au cas de plusieurs des assistants que toute autre question de théologie.

Je connais un autre ministre qui tenait une assemblée du même genre, et qui y arriva avec un discours écrit, qu’il avait préparé pour l’occasion. C’était juste aussi sage que si un médecin, avant d’aller faire ses visites, s’asseyait tranquillement pour mettre par écrit toutes sortes de recettes avant d’avoir vu ses malades. Un ministre doit connaître l’état spirituel des gens avant de pouvoir décider laquelle des vérités évangéliques il convient de leur administrer. Je dis ces choses non pour mon plaisir, mais parce que la vérité et l’objet que j’ai devant moi exigent que je les dise; car des exemples du genre de ceux que j’ai mentionnés sont loin d’être rares.

Un ministre devrait surtout savoir appliquer la vérité à tous les cas d’un pécheur mourant, sur le point de tomber en enfer. En général, il devrait savoir prêcher, savoir prier, savoir tenir des assemblées de prière, et appliquer les doctrines aux différents cas. Ne faut-il pas pour toutes ces choses de la sagesse ?

 

II Toutes choses d’ailleurs égales, le succès du ministère est proportionné à la sagesse dont il a été accompagné.

1° La chose est clairement décidée dans notre texte:

« Celui qui gagne des âmes est sage ; » c’est-à-dire qu’il adapte avec habileté les moyens à sa fin ; et il se montrera plus sage, à proportion que le nombre des pécheurs qu’il sauvera sera plus grand. Un homme stupide pourra sans doute de temps à autre tomber sur quelque vérité ou sur une manière de la présenter qui sauve une âme. Ce serait bien malheureux, si un ministre n’avait pas de temps en temps dans ses discours un mot qui s’appliquât à quelque individu.

Mais la sagesse du ministère se montre, toutes choses d’ailleurs égales, par le nombre des conversions réelles qu’il opère (je dis réelles et non apparentes). Prenons encore le cas d’un médecin. Le plus misérable charlatan de New-York peut bien mettre la main de temps à autre sur une cure merveilleuse, et se faire ainsi une réputation auprès des ignorants ; mais les hommes sobres et judicieux jugent de l’habileté d’un médecin par l’uniformité de ses succès à guérir les maux, par la variété des maladies qu’il sait traiter, et par le nombre de cas où il a sauvé des malades. C’est le plus habile qui en sauve le plus; voilà le bon sens, voilà la vérité.

 

2° Ce principe n’est pas seulement affirmé dans notre texte.

C’est une vérité de fait : « Celui qui gagne des âmes est sage ; » il a employé les moyens les plus propres à atteindre son objet.

 

3° Le succès à sauver les âmes est une preuve qu’un homme comprend l’Évangile.

Qu’il connaît la nature humaine ; qu’il a du bon sens, et qu’il a cette espèce de tact, ce discernement pratique qui nous apprend comment nous pouvons arriver au cœur des autres. Si son succès est étendu, cela prouve qu’il sait se conduire avec une grande variété de caractères et dans des circonstances très différentes, toutes également hostiles à l’œuvre de Dieu.

 

4° Le succès à gagner des âmes prouve non-seulement qu’un ministre est sage, mais aussi qu’il sait où puiser ses forces. Vous savez qu’on exprime souvent des craintes au sujet des ministres qui visent le plus directement et le plus sérieusement à la conversion des pécheurs. « Cet homme, » dit-on, « travaille dans sa propre force ! On dirait qu’il s’imagine qu’il va convertir les âmes lui-même. »

Mais combien de fois l’événement a prouvé que cet homme savait bien ce qu’il faisait, et qu’il savait bien aussi où était sa force. Il travaillait à convertir les pécheurs, comme si tout dépendait de lui ; mais c’était, en effet, son devoir : Il devait raisonner et plaider avec les pécheurs, aussi fidèlement et aussi ardemment que s’il n’avait attendu aucune interposition de l’Esprit de Dieu, et comme si cet Esprit n’existait pas. Mais quand un homme fait ces choses avec succès, cela prouve qu’après tout il sait très bien que tout son succès dépend de Dieu seul. Mais il faut planter et arroser.

 

OBJECTION.

Il y a des personnes qui puisent une objection contre ce que je viens d’avancer, dans une certaine vue qu’elles se sont faite du ministère de Jésus-Christ. « Jésus n’était-il pas sage, » dit-on, « et quel fut cependant le succès visible de son ministère ? » Sans doute il était infiniment sage ; mais nous répondrons à cette objection :

1° Que son ministère eut bien plus de fruits qu’on ne le pense en général. Nous lisons, dans un des écrivains sacrés, « qu’il fut vu, après sa résurrection de plus de cinq cents frères à la fois. » S’il se trouva en une seule fois cinq cents frères réunis, il doit y en avoir eu un bien grand nombre répandus dans le pays.

2° Mais considérez surtout le dessein particulier de son ministère. Son grand objet était de faire expiation pour les péchés du monde, et non de susciter momentanément un réveil. La « dispensation de l’Esprit » n’était pas encore donnée. Il ne prêcha pas l’Évangile aussi ouvertement que le firent plus tard ses apôtres ; parce que les préjugés du peuple étaient si enracinés et si profonds, qu’il n’aurait pu supporter cette prédication.

Et la preuve qu’en effet il ne jugea pas à propos d’annoncer encore l’Évangile dans sa pleine clarté, c’est que ses apôtres, qui vécurent constamment avec Lui pendant quelques années, n’avaient pas encore compris de son vivant la doctrine de la rédemption, ni pu se persuader qu’il allait mourir: quand ils apprirent sa mort, ils se désespérèrent et pensèrent que tout était perdu.

Il y a beaucoup de ministres qui, n’ayant que peu ou point de succès, se cachent derrière ce ministère de Jésus-Christ ; mais ils ne réfléchissent pas que, comparativement aux circonstances dans lesquelles il travaillait, et que, prêchant avant sa propre mort expiatoire et avant l’effusion du Saint-Esprit, il eut des succès proportionnellement immenses. D’ailleurs, cette place est bien la dernière au monde où un ministre qui manque de succès devrait aller se cacher.

 

REMARQUES ADDITIONNELLES.

1. Un ministre peut être très savant et manquer de sagesse.

Il y a, en effet, des ministres qui savent toutes les sciences physiques, morales et théologiques ; ils connaissent toutes les langues mortes, et cent autres objets de ce genre; mais l’expérience prouve qu’ils ne sont pas sages. « Celui qui gagne des âmes est sage. »

 

2. Un ministre peut être pieux et instruit, et cependant manquer de sagesse.

Il n’est pas équitable de conclure de ce qu’un ministre n’a pas de succès, qu’il est un hypocrite : Il peut y avoir eu quelque chose de défectueux dans son éducation, il peut manquer de bon sens jusqu’à un certain degré, et cependant être sauvé ; « mais comme à travers le feu. »

 

3. Un ministre peut être très sage sans être savant.

Il peut ne pas connaître les langues mortes ou la théologie dans le sens ordinaire du mot, et savoir cependant précisément ce que doit savoir un ministre de l’Évangile. Savant et sage sont deux choses très différentes : L’histoire de l’Église de Christ dans tous les âges le prouve abondamment.

Les Églises sont très disposées, lorsqu’elles cherchent un pasteur, à chercher un homme savant. Je ne veux nullement mépriser la science ; plus un ministre en aura, mieux cela vaudra, pourvu qu’il soit en même temps sage sur le grand point qui constitue sa vocation. Mais s’il manque, sur ce dernier point, toute sa science lui deviendra inutile et souvent même nuisible.

 

4. Le défaut de succès chez un ministre (toutes choses d’ailleurs égales) prouve.

1° Ou qu’il n’a jamais eu de véritable vocation pour son œuvre, et qu’il n’a agi que de son propre, mouvement ; 2° ou qu’il a été mal élevé et mal instruit ; 3° ou qu’il est paresseux ou infidèle.

 

5. Ceux-là sont les ministres les mieux élevés qui gagnent le plus d’âmes.

Souvent on méprise un prédicateur, et on l’appelle ignorant, parce qu’il ne connaît pas les sciences et les langues, quoiqu’il soit loin d’ignorer le grand objet pour lequel il est ministre. C’est très mal. La science est importante et habituellement utile ; mais après tout, c’est « l’homme qui gagne le plus d’âmes qui est le plus sage. »

 

6. Il y a évidemment un grand défaut dans la méthode actuelle de former des ministres.

Ceci est un FAIT SOLENNEL SUR lequel l’attention de l’Église doit être vivement dirigée, savoir que la grande masse des jeunes ministres qu’on forme dans les séminaires produit fort peu d’effet. Sont-ils propres, en effet, je le demande, à entrer dans un réveil ? Voyez les endroits où il s’en est déclaré un, et où l’on a besoin d’un pasteur. Qu’on l’envoie chercher dans un séminaire ; le jeune homme saura-t-il entrer dans l’œuvre, la maintenir et la continuer ?

 

Bien rarement. Comme David chargé de l’armure de Saül, il arrive chargé, d’une lourde friperie théologique dont il ne sait que faire. Laissez-le la quinze jours et le réveil est à bout. Les églises savent et sentent que la grande majorité de ces jeunes gens ne savent absolument comment s’y prendre pour conduire un mouvement religieux, et qu’ils restent loin en arrière, des troupeaux.

 

Vous trouverez cet état de choses dans toute l’étendue des Etats-Unis ; quelle calamité ! L’éducation des jeunes ministres devrait, les préparer à l’œuvre spéciale à laquelle ils se destinent ; mais au lieu de cela, on leur donne une éducation générale qui s’appliquerait à tout ; et on les entretient même souvent de matières insignifiantes. Leur esprit se promène à travers un champ trop vaste, qui détourne leur attention de son grand objet, et ainsi ils se refroidissent sur le point de la religion, et deviennent complètement malhabiles et maladroits à gagner des âmes.

Que l’éducation apprenne donc aux jeunes gens ce qu’ils doivent savoir et non ce dont ils n’ont aucun besoin. Gardez-vous surtout de les élever de manière à ce qu’après avoir passé à l’étude six, huit ou dix ans, ils ne vaillent pas la moitié moins de ce qu’ils valaient en commençant. Un ancien d’une église du voisinage me disait dernièrement qu’un jeune homme avait travaillé pendant quelque temps au milieu d’eux comme laïque ; qu’il y avait conduit des assemblées de prière, et s’y était montré extrêmement utile.

On l’envoya au séminaire. Mais lorsqu’au bout de quelque temps on eut besoin de son secours, il était complètement changé, il ne produisait plus aucune impression, et l’église déclara que tout périrait sous sa conduite. Il dut donc quitter cette œuvre, parce qu’il était absolument incapable de la conduire. C’est un fait très commun parmi de jeunes ministres qui s’emploient avec fruit à l’œuvre de Dieu, d’affirmer que leur cours d’études ne leur a fait que peu ou point de bien, et qu’il leur a fallu même oublier bien des choses avant de pouvoir agir avec fruit. Je ne dis pas ceci dans un esprit de censure, mais c’est sérieux et grave; je le dis dans l’amour de Dieu et de mon prochain.

Supposons que vous vouliez former un chirurgien pour la marine; il faut l’envoyer à l’école de médecine. Mais si vous lui apprenez la navigation, vous en ferez un marin, et non un chirurgien. On devrait apprendre aux ministres à connaître ce qu’est la Bible, et ce qu’est l’esprit de l’homme, puis leur montrer comment on applique l’un à l’autre.

 

7. Je recommande encore une fois le bon sens. Il ne se trouve pas toujours avec la piété et le savoir.

 

8. Nos jeunes gens sont trop enfermés dans leurs écoles et confinés dans les livres.

Ce qui fait qu’ils ignorent la manière de penser de la masse du peuple. C’est ce qui explique comment il se fait que des gens simples, habitués aux affaires et qui connaissent la nature humaine, sont dix fois mieux qualifiés pour gagner des âmes et dix fois plus propres au ministère, que ceux qui sont élevés dans le principe dont je parle. On les appelle des gens sans éducation. C’est une grande erreur. Ils ne sont pas instruits dans les sciences, mais ils le sont dans les choses dont ils ont besoin comme ministres; et ainsi ils sont plus propres à leur œuvre que s’ils avaient traversé tout l’attirail des études ordinaires.

 

9. Le succès d’une mesure quelconque prise pour favoriser un réveil en démontre la sagesse, sauf ces deux exceptions.

1° Une mesure peut n’être introduite que pour l’effet et que pour produire une excitation momentanée. Si elle est telle qu’en la considérant après coup on y trouve quelque chose de déplacé ou de ridicule, elle apparaîtra comme une mesure de charlatanisme, et elle finira par faire du mal.

 

2° Souvent un puissant réveil peut avoir lieu par des causes qui n’ont pas été apparentes et malgré certaines mesures peu convenables qu’on aura prises. Mais quand il est évident que la bénédiction est arrivée à la suite d’une certaine mesure, alors cette mesure est sage, quoique puissent en penser la timidité ou le préjugé de plusieurs. Alors c’est une chose profane que de dire que cette mesure fera plus de mal que de bien.

(Je suppose que l’auteur parle ici de l’introduction de certaines choses inusitées et sur lesquelles les esprits timides, ou routiniers et formalistes, pourraient concevoir des scrupules, telles que la prédication dans les rues ou dans des lieux non consacrés (casinos etc.), des formes de culte un peu différentes de l’ordinaire, etc. (Note du Trad.))

Dieu sait ce qu’il a à faire. Son but est de produire la plus grande somme de bien possible ; et certainement il n’accordera pas sa bénédiction à une chose qui ferait plus de mal que de bien. Quelquefois peut-être il ne bénira pas une mesure qui semble faite pour produire du bien, parce que ce serait aux dépens d’un autre bien plus grand encore ; mais jamais il ne bénira une mesure mauvaise en elle-même.

On ne peut tromper Dieu. Il pourra bénir certains travaux malgré quelques défauts qu’on y mêlera ; mais quand il semble évident que c’est le moyen même qu’on a employé qui a été béni, c’est faire un reproche à Dieu même que d’accuser ce moyen de manquer de sagesse. Que celui qui voudrait le faire y prenne garde.

 

10. Il est évident qu’on a souvent critiqué à tort les mesures éminemment et continuellement bénies de Dieu pour l’avancement d’un réveil.

Sans doute les horribles imprécations d’un impie ont pu être en telle occasion le moyen dont Dieu s’est servi pour réveiller un pécheur moins endurci que le jureur ; mais les cas de ce genre sont rares, et Dieu ne fait pas d’ordinaire tourner l’impiété à cette fin. Mais, lorsqu’une mesure est continuellement ou habituellement bénie, alors que l’homme, qui se croit plus sage que Dieu, prenne bien garde de contester avec lui !

 

11. Les chrétiens devraient beaucoup prier pour les ministres.

Frères ! Si vous sentiez combien les ministres ont besoin de sagesse pour remplir avec fruit les devoirs de leur vocation, combien tous sont ignorants, « incapables par eux-mêmes de penser quelque chose, comme d’eux-mêmes, » vous prierez pour eux beaucoup plus que vous ne le faites, pour peu du moins que vous vous intéressiez au succès de leurs travaux.

Se plaindre des ministres, lorsqu’on ne les soutient pas par ses prières, c’est tenter Dieu. Vous n’êtes pas fondés à attendre quelque heureux résultat des travaux d’un ministre, ni à voir vos familles converties par sa prédication, si vous négligez de prier pour lui. Il en est de même pour les païens et partout. Au lieu de toujours demander à Dieu uniquement de pousser davantage d’ouvriers dans la mission, vous devez lui demander de donner aux ministres sa sagesse pour gagner les âmes, et de faire de tous ceux qu’il envoie des scribes bien instruits dans le royaume de Dieu.

 

12. Les membres de l’Église qui, sans être ministres, savent gagner les âmes, doivent être réputés sages.

Et ce n’est pas à eux qu’on peut appliquer l’épithète « d’ignorant ». Et ces ecclésiastiques qui ne savent pas comment convertir les pécheurs ne devraient pas, en tant que chrétiens, être appelés sages. Celui-là seul qui gagne les âmes est sage. Ils pourront bien être versés dans la politique, dans toutes les sciences, habiles dans l’administration des affaires ou d’autres choses semblables, et jeter les yeux avec dédain sur ceux qui gagnent les âmes, comme sur des hommes simples et ignorants ; mais s’il s’en trouvait parmi vous qui fussent dans ces tristes dispositions, et qui méprisassent ceux qui gagnent les âmes, comme n’étant pas aussi sages ni aussi habiles qu’eux-mêmes, je leur dirais : « Vous vous décevez. » Vous possédez quelques connaissances qu’ils n’ont pas, mais ils savent, eux, ce qu’il importe le plus à un chrétien de connaître ; et vous, vous l’ignorez.

Supposons, pour mieux me faire comprendre, un ministre qui se rende à bord d’un navire, et qui, quoique instruit, ne sache nullement comment s’y prendre pour organiser un vaisseau. Il commence à questionner les matelots sur ceci, sur cela ; à quoi servent ces câbles, etc. « Comment ! » Lui répondront-ils, « ce ne sont pas là des câbles, nous n’avons qu’un câble dans le vaisseau ; on appelle cela des agrès. Ce que cet homme dit là n’a pas le sens commun. »

Et ce ministre, par son ignorance en marine, deviendra peut-être la risée des matelots. Mais, s’il leur débitait la moitié seulement de sa science sur d’autres points, il serait peut-être pris alors pour un sorcier qui sait tout. C’est ainsi que des étudiants peuvent parfaitement se moquer d’un chrétien humble et vivant, en le traitant d’ignorant, quoiqu’il s’entende à gagner plus d’âmes que cinq cents d’entre eux.

Je fus un jour vivement peiné d’entendre un ministre parler avec mépris d’un jeune prédicateur dont la conversion avait été accompagnée de circonstances remarquables, et qui fut autorisé à prêcher sans avoir fait d’études régulières. Ce ministre qui n’avait jamais, ou du moins très peu, été connu pour convertir les âmes, parlait de ce jeune homme d’un ton hautain et dédaigneux, parce qu’il n’avait pas eu l’avantage de jouir d’une éducation libérale, tandis qu’en réalité il était l’instrument de la conversion de vingt fois plus d’âmes que lui.

Je ne voudrais rien dire qui dépréciât, ou qui fit déprécier, une éducation complète pour les ministres. Mais je n’appelle pas complète celle qu’ils reçoivent dans les collèges et dans les écoles de théologie. Cette éducation est loin de les rendre propres pour leur vocation ; l’expérience est là pour le prouver. Parcourez les rapports de la Société des missions indigènes.

Si je ne me trompe, en 1830, le nombre des conversions opérées par les missionnaires de cette Société était de cinq par missionnaire ! Je crois qu’il s’est accru depuis lors ; mais il reste encore excessivement petit comparé à ce qu’il aurait pu être si les missionnaires avaient reçu une éducation plus en rapport avec l’œuvre à laquelle ils se vouaient.

Je ne dis pas cela pour leur faire des reproches ; au contraire, je les plains de tout mon cœur; et je plains aussi l’Église d’être obligée de supporter des ministres pareils, ou de n’en point avoir ; car ce sont les meilleurs qu’ait pu se procurer la Société. On trouvera peut-être que j’aurais mieux fait de ne pas en parler, mais la chose est trop vraie et trop pénible pour que je la tienne cachée.

Ceux qui ont élevé nos jeunes ministres sont des hommes estimables ; mais ils n’appartiennent pas à notre temps et ont d’ailleurs une trempe autre que celle que requièrent ces jours de réveil dans lesquels nous vivons et où le monde et l’Église naissent à de nouvelles pensées et à de nouvelles actions. Ces chers frères ferment les yeux là-dessus, je suppose ; et ils trouvent que je parle un peu rudement.

Mais je plaide la cause de Christ. Quelques-uns d’entre eux, affaiblis par la vieillesse, vont laisser leur place à de plus jeunes, qui, par leur âge, ne seront pas physiquement incapables de suivre les mouvements progressifs de l’Église. A mes yeux, il est de toute évidence que, à moins que nos professeurs en théologie ne prêchent beaucoup, ne communiquent avec l’Église et ne sympathisent avec elle dans tous ses mouvements, il est moralement impossible qu’ils puissent élever des jeunes gens dans l’esprit de leur siècle.

C’est une honte et un péché de ne prêcher qu’à de rares intervalles et d’abandonner les devoirs actifs du ministère, pour s’asseoir dans son cabinet et envoyer de là par écrit des avis, des conseils, des ordres aux églises et ministres qui seuls sont capables de discerner ce qui convient d’avec ce qui ne convient pas, et de juger de l’utilité ou du danger de telle ou telle mesure. Autant vaudrait pour un général s’établir dans sa chambre à coucher pour livrer une bataille.

 

Deux ministres s’entretenaient un jour d’un autre ministre peu instruit, mais dont les travaux avaient été couronnés par la conversion de plusieurs milliers d’âmes. L’un d’entre eux disait : « Cet homme devrait discontinuer ses prédications et entrer dans un séminaire pour y suivre un cours régulier d’études ; il pourrait ainsi devenir très utile. » L’autre lui répondit : « Et croyez-vous qu’il serait plus utile pour avoir été dans un séminaire ? Montrez-moi tous ceux qui en sont sortis, et je vous défie d’en trouver un seul qui ait porté plus de fruits que lui. Non, monsieur, le fait est que, depuis que cet homme a embrassé le saint ministère, il a été un instrument plus béni pour la conversion des âmes que tous les jeunes gens qui, dans le temps, sont sortis de cette école. »

 

Quelle logique ! S’arrêter, se rendre dans un séminaire, s’y préparer pour convertir les âmes, quand actuellement on en convertit plus que tous ceux qui en sont sortis !

 

Je désire vous demander, en terminant, lequel d’entre vous peut prétendre à la possession de la divine sagesse dont nous venons de parler. Le pouvez-vous, vous laïques ? Vous ministres ? Le puis-je, moi ? Travaillons-nous avec sagesse pour gagner les âmes ? Ou tenterions-nous peut-être de nous persuader que le succès n’est pas le critérium de la sagesse ? Je dis que s’en est la pierre de touche d’après laquelle chacun peut s’examiner. Toutes choses étant égales, les fruits donnent la mesure de la sagesse qu’un ministre a employée dans l’exercice de ses fonctions.

 

Qu’ils sont peu nombreux parmi vous ceux qui n'ont jamais eu assez de sagesse pour gagner un seul pécheur !

N’allez pas dire : « Je ne puis convertir les pécheurs ? Comment cela me serait-il possible ? C’est Dieu seul qui le peut. » Regardez notre texte : « Celui qui gagne les âmes est sage », et ne croyez pas pouvoir échapper à cette sentence.

Oui, c’est Dieu qui convertit les pécheurs; mais dans un sens ce sont aussi les ministres.

Et vous avez quelque chose à faire ! Et si vous le faites bien, vous serez sûrs de la conversion des pécheurs, en proportion que vous aurez déployé plus de sagesse. Si vous ne l’avez jamais fait, il est grand temps d’y penser pour vous-mêmes, et de vous demander si vous avez assez de sagesse pour sauver vos propres âmes.

Hommes ! Femmes ! Cette sagesse vous est imposée comme un devoir ; et c’est pour l’avoir négligée que vous avez peut-être des amis, des enfants qui se trouvent en enfer. Cette ville, le monde entier marche et tombera dans la perdition si l’Église ne s’occupe pas sérieusement de ce qu’elle doit faire pour gagner les âmes.

Les hommes politiques sont sages ; les enfants de ce monde sont prudents en leur génération, et savent fort bien les moyens qu’il faut employer pour en venir à leurs fins ; et nous, ignorant ce que nous devons faire, comment et par quel bout mettre la main à l’œuvre, nous laissons les pécheurs tomber dans la perdition !...

 

 Charles Grandison Finney

 

 

 

 

Sources / Infos

list arrow  LIVRE: « Discours sur les réveils religieux »  (Finney Ch.) - Edition 1886

GENÈVE E. BEROUD & Cie, libraires, 2, Grand’rue. PARIS GRASSART, 2, rue de la Paix. FISCHBACHER & Cie, 33 r. de Seine. MONNERAT, 48, rue de Lille. CHASTEL, rue Roquépine. MARSEILLE Mme TOURN, 38, r. de la République. LYON VAUTRIN, 10, rue Lanterne. VEVEY B. CAILLE, libraire. Genève.—Imprimerie Maurice Richter, rue des Voirons, 10.

Numérisation M-C P. Ocr Yves PETRAKIAN Juin 2005 - http://456-bible.123-bible.com

 

discours de Finney

« L’Eglise est dans une crise solennelle.... Il faut qu’il s’élève vers les cieux un cri général des chrétiens, comme le bêlement du troupeau, pour que le Berger s’approche de plus près de ses brebis. J’ai voulu rappeler ces pensées à mes frères protestants, en publiant les Discours de Finney sur les Réveils. Ces Discours n’ont pas, semble-t-il, la vogue chez les grands de l’Eglise ; mais ce n’est nullement une preuve, bien s’en faut, qu’ils ne méritent le respect et l’attention des vrais chrétiens.

L’homme regarde à l’apparence, mais l’Eternel regarde au cœur; l’homme est chatouilleux pour la forme et peu difficile pour le fonds ; le chrétien fait l’opposé ! »

Celui qui écrivit ces lignes plaçait le Réveil de l’Eglise au-dessus de toute autre préoccupation.

C’est dans le même esprit, et pour répondre à de nombreuses demandes, que nous nous sommes décidés à réimprimer le présent volume publié par lui il y a plus de quarante ans. Il n’a rien perdu de son actualité, loin de là! S’il y a jamais eu un moment où ces Discours ont été chez nous à l’ordre du jour, ce moment-là est arrivé.

Genève, décembre 1885. LES EDITEURS.

 

 

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Coup d'oeil sur sa vie

 

Charles Finney

 

Charles Finney naquit en 1792 dans le Connecticut. (1)

Son éducation religieuse fut négligée à tel point qu’il n’eut connaissance des vérités évangéliques qu’à l’âge de 26 ans, quand il commença l’étude du droit. Encore, ces vérités lui furent-elles présentées par une église qui n’avait plus la vie. Finney, ardent à s’éclairer, suivait les réunions de prières:

 

Mais il ne tarda pas à constater avec surprise que les prières n’étaient point exaucées et que même on ne s’attendait guère à ce qu’elles le fussent. Les membres de l’église demandaient un réveil et affirmaient qu’en le demandant sincèrement, Dieu l’accorde; d’autre part, ils ne cessaient de gémir sur leur état lamentable. Finney ne savait que penser de leur sincérité ; et quand on lui demanda s’il désirait que l’on priât pour lui : « Non, répondit-il, car je ne vois pas que vos prières soient exaucées. » Dès lors, il ne voulut plus d’autre guide que la Parole de Dieu qu’il étudiait avec ardeur.

 

L’intelligence du jeune avocat avait saisi la vérité, mais son cœur n’était point encore gagné, lorsqu’un dimanche, dans l’automne de 1821, il prend la ferme résolution de donner son cœur à Dieu. La fausse honte s’empare alors de lui et son trouble augmente. Le mardi soir, il tremble à la pensée que s’il venait à mourir, l’enfer le recevrait. Le lendemain, sa conscience lui rappelle avec force sa promesse de donner son cœur à Dieu. « Pourquoi attendre ? Essaierais-tu de faire toi-même ton salut ? »

Il comprend alors que le salut est complet, achevé, qu’il ne s’agit plus que de l’accepter en renonçant à tout péché. « Je l’accepterai aujourd’hui même, ou je mourrai à la peine ! » répond-il à la voix intérieure. Et après une lutte intense, dans un bois où il s’était caché avec soin, son orgueil lui est révélé ; il le repousse alors avec une décision absolue. « Je ne quitterai pas ce lieu, se dit-il, quand même tous les hommes du monde et tous les diables de l’enfer s’assembleraient pour me regarder. Eh quoi ? un pécheur dégradé comme je le suis aurait-il honte d’être surpris par un autre pécheur, implorant à genoux la miséricorde de son Dieu ? Non, non! ce serait un trop grand péché ! »

Son cœur se brise ; toutes ses résistances sont vaincues, et cette parole de l’Ecriture lui revient à l’esprit : « Vous me chercherez et vous me trouverez, après que vous m’aurez recherché de tout votre cœur » (Jer 29:13). Il s’en empare aussitôt. « Auparavant j’avais cru d’une foi d’intelligence, dit-il ; il ne m’était jamais venu à l’esprit que la foi est un acte délibéré de confiance, non un état intellectuel. J’avais conscience en ce moment de me fier à la véracité de Dieu. » De retour au village, une paix inconnue remplit son âme.

Mais il s’alarme bientôt de ne plus retrouver en lui le sentiment du péché. « J’aurai contristé le Saint-Esprit par mon importunité, » se dit-il. Cependant ses pensées se détournent toujours de lui-même pour se fixer sur Dieu avec une douceur, une paix, une joie inexprimables. Il ne peut manger; il veut chanter des cantiques, mais il lui semble que « son cœur est devenu liquide, » et sa voix se noie dans les larmes.

La journée terminée, son cœur se fond de nouveau. « L’élan de mon âme était si puissant, dit-il dans ses Mémoires, que je me précipitai pour prier dans la chambre contiguë au bureau Il n’y avait ni feu ni lumière dans cette chambre ; néanmoins elle me parut tout éclairée. Comme j’entrais, fermant la porte après moi, il me sembla que je rencontrais le Seigneur Jésus-Christ face à face.

L’idée ne me vint pas, ni de longtemps, que c’était un état moral. Au contraire, il me semblait le voir comme j’aurais vu un autre homme. Il ne disait rien, mais il me regarda de manière à me faire tomber à ses pieds. J’ai toujours dès lors considéré ce phénomène comme un très remarquable état de mon esprit ; car j’avais le sentiment de la réalité de sa présence et je tombai à ses pieds, sanglotant comme un enfant, et confessant mes péchés aussi bien que me le permettait mon émotion. Il me sembla que je baignais ses pieds de mes larmes ; toutefois je ne me rappelle pas avoir eu distinctement l’impression de l’avoir touché.

« Il faut que je sois resté longtemps dans cet état, car lorsque je fus rendu assez calme pour que l’entrevue prît fin, étant rentré dans le bureau, je trouvai que le feu s’était entièrement consumé. Mais comme j’étais sur le point de m’asseoir près de la cheminée, je reçus un baptême d’Esprit saint. Sans que je m’y fusse attendu, mon attention n’ayant jamais été dirigée sur ce point, le Saint-Esprit descendit sur moi avec une telle puissance que je me sentis comme pénétré de part en part, corps et âme.

Je pouvais sentir l’impression comme d’une onde électrique parcourant tout mon être; onde sur onde d’amour, je ne saurais l’exprimer autrement. Il me semblait que ce fût le souffle même de Dieu. Je me souviens distinctement avoir éprouvé comme si j’étais éventé par d’immenses ailes.

« Je ne tardai pas à m’endormir, mais je fus tout aussitôt réveillé par le flux d’amour qui était dans mon cœur. J’étais si rempli d’amour que je ne pouvais dormir. Quand je m’éveillai le matin, le soleil était levé, et ses rayons pénétraient dans ma chambre. Je ne saurais exprimer en paroles l’impression que me fit cette lumière. Instantanément, le baptême que j’avais reçu la veille revint sur moi de la même manière. Je m’agenouillai sur mon lit et pleurai de joie, répandant mon âme aux pieds du Seigneur. Il me semblait entendre une douce voix de réprimande disant : « Veux-tu douter ? Veux-tu douter ? » — « Non, m’écriai-je, je ne veux pas, je ne puis pas douter. » Une telle clarté se fit alors dans mon esprit qu’il me fut désormais impossible de révoquer en doute le fait que le Saint-Esprit avait pris possession de mon âme. »

« Dans cette situation le dogme de la justification par la foi me fut enseigné comme une vérité d’expérience.... Je comprenais désormais le passage : « Etant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu.» Je vis clairement que du moment où, dans le bois, j’avais cru, la conscience de ma condamnation m’avait été ôtée, et que c’était pour cela que tous mes efforts pour rappeler dans mon âme le sentiment du péché avaient été vains. La conscience de ma condamnation était partie, mes péchés étaient partis. Je crois vraiment que j’avais aussi bonne conscience que si je n’avais jamais péché.... Au lieu d’avoir le sentiment que je ne faisais que pécher, mon cœur était si rempli d’amour qu’il en débordait. » (Glardon, pag. 18.)

Désormais, le Saint-Esprit n’est pas seulement avec lui (Jn 14:17), il n’a pas reçu seulement une effusion de cet Esprit comme celle que reçurent les apôtres avant l’Ascension (Jn 20:22) ; il a reçu le baptême de la Pentecôte, celui de la « Puissance d’En Haut » dont furent « remplis » les apôtres pour être les « témoins » de Christ, partout et toujours, « jusqu’aux bouts de la terre » (Lu 24:49 Ac 1:8).

Aussi avec quelle puissance ne fut-il pas témoin de Christ le lendemain même, dès le premier instant! Il venait de rentrer à son bureau, son patron arrive, il lui parle aussitôt de son salut; et cet homme jusque-là incrédule a le cœur transpercé des paroles que le jeune homme lui adresse; aucune paix ne put rentrer dans son âme qu’il ne fût converti.

Dès lors, la vie de Finney n’est plus qu’une suite de miracles. Il court tout d’abord à ses parents, à ses amis, à ses voisins; et tous, croyants de nom et incrédules, s’abattent aux pieds du Sauveur, le cœur brisé par la puissance du témoignage que produit l’Esprit saint. Bien qu’il n’y ait aucune réunion annoncée, la salle de culte se remplit bientôt, car tout le village est en émoi; professants et incrédules, tous arrivent; mais le pasteur est parmi les auditeurs et personne ne se lève. Finney accourt alors et raconte comment l’amour de Dieu s’est révélé à son âme: l’impression est si profonde qu’il faut dès lors se réunir tous les soirs, et les conversions se multiplient considérablement.

Mais impossible de suivre l’œuvre merveilleuse de l’évangéliste ! Nous ne pouvons que noter les points principaux. Et tout d’abord cet esprit de prière dont Finney est rempli dès le commencement de sa carrière ; il est tel que Moody n’hésite pas à déclarer le grand évangéliste plus puissant encore par sa prière, que par sa prédication. Et nous ne pouvons oublier à ce sujet que souvent, dans les longues agonies de la prière d’intercession, « le secret de l’Eternel lui était révélé, » de sorte qu’il pouvait annoncer avec pleine certitude ce que Dieu ferait pour le châtiment ou pour le salut du pécheur, objet de son intercession.

Toute la ville en émoi; ce n’est que colères, menaces et projets criminels contre l’homme de Dieu. Mais après une journée de prière et de jeûne, celui-ci est plus que vainqueur. Réveil profond, immense. Santé de Finney ruinée au début, rétablie merveilleusement, bien qu’il prêchât plusieurs heures presque chaque jour. Et, au bout de six mois, deux églises nouvelles fondées à Evans’Mill, composées presque en totalité de nouveaux convertis.

De même, réveils merveilleux à Antwerp, à Sodome et ailleurs. En plusieurs de ces localités, l’action de la « Puissance d’En Haut » agissant par le serviteur de Dieu est telle, qu’en en prenant connaissance, le mot de miracle vous vient sans cesse à l’esprit. Pendant tout ce long ministère, « l’Esprit de puissance, d’amour et de sagesse » (2Ti 1:7) a reposé sur lui d’une manière permanente; cependant il déclare que parfois, reconnaissant que la puissance de l’Esprit avait diminué en lui, il n’avait retrouvé la plénitude de la puissance que par beaucoup d’humiliation et de prières.

Une seule de ses prédications bouleversait une ville entière; la puissance de son regard n’était peut-être pas moins célèbre que celle de sa parole. A Dieu ne plaise pourtant que nous lui attribuions en propre cette puissance! ce n’était là qu’un effet de ce «baptême de Saint-Esprit et de feu» que reçoit quiconque le veut. Mais Finney l’avait voulu, c’est-à-dire qu’il avait véritablement renoncé à tout pour le recevoir et pour le conserver; et ce baptême l’avait pleinement investi de tous les dons nécessaires à sa vocation.

De grands réveils furent amenés par un regard dont il avait transpercé le cœur du pécheur. Les adversaires parlaient de nerfs, de magnétisme, d’hystérie, de fanatisme, etc. etc., mais l’œuvre de Dieu n’en était pas moins évidente. Cependant les réveils se propageant comme une traînée de feu, l’opposition devint formidable ; il n’était sorte de calomnie qu’on ne répandît contre Finney et contre son œuvre, et il n’y avait pas d’histoire, si inepte qu’elle fût, qui n’obtînt quelque créance, pourvu qu’elle fût débitée contre lui.

Mais Finney en sortit plus que vainqueur par la prière. « Dieu, dit-il, me donna l’assurance qu’il serait avec moi et me soutiendrait; que rien ne pourrait prévaloir contre moi, que je n’avais autre chose à faire que de travailler paisiblement en attendant de lui seul la délivrance. »

 

Un dernier trait que nous relevons, dans cette œuvre de réveil, c’est l’insistance avec laquelle Finney réclame, avec la repentance, « les œuvres convenables à la repentance ». Aussi, les élégantes abandonnaient leurs parures ; les hommes d’affaires restituaient les sommes qu’ils n’avaient pas gagnées honnêtement ; les criminels se dénonçaient et se déclaraient prêts à subir la peine méritée. Les réveils étaient profonds et durables, parce qu’ils étaient vrais; l’on ne se convertissait pas pour être heureux, mais pour servir Dieu.

 

Les Discours de Finney sur les réveils religieux, ainsi que leur auteur, semblent inconnus dans nos facultés de théologie. Après la Bible cependant, nous ne voyons pas quelle mine plus riche des enseignements de l’Esprit de Dieu l’on pourrait citer. Vinet écrivait déjà dans le Semeur : « Aucun traité de théologie pastorale ne renferme autant d’éléments positifs d’instruction, et nulle prédication à nous connue ne présente le christianisme sous un aspect plus vivement et plus immédiatement pratique. »

Il est évident, en effet, que Finney enseigne ce qu’il sait, ce qu’il a vu, ce qu’il a vécu, et en quoi il ne peut errer. Il sait, lui, ce que c’est que d’être « rempli de l’Esprit ». Il sait et il a vu, comme d’autres et mieux que d’autres, que moyennant le travail spirituel et l’exercice, le plus ignorant et le moins doué de ceux qui ont vocation au ministère, s’il est rempli de l’Esprit comme c’est son devoir, arrivera à posséder ce qu’on attribuait trop en propre à Finney, à savoir originalité, et abondance, et clarté, et puissance.

«  Vous devez recevoir Christ pour votre sanctification aussi absolument que pour votre justification.

Il est aussi absolument votre sanctification que votre justification, et si vous dépendez de lui pour votre sanctification, il ne vous laissera pas plus tomber dans le péché qu’il ne vous laissera tomber en enfer. Il est aussi déraisonnable, aussi antiscripturaire et aussi coupable de vous attendre à l’un que de vous attendre à l’autre. Et si vous péchez, ce ne sera jamais autrement que par le fait d’incrédulité. »

 

{1} Voir Memoirs of Rev. Ch. G. Finney, the American evangélist, written by himself. Hodder & Stoughton, London; et Charles Finney, histoire de sa vie et de ses ouvrages, par Auguste Glardon. Georges Bridel, Lausanne.

 

Par David Smithers

LA PRIERE FACONNE L'HISTOIRE
par David Smithers

finney0« Parmi les noms qui sont attachés aux réveils que Dieu a accordés à Son Eglise au cours des siècles, il en est un qui doit être cité en première ligne : FINNEY, homme entièrement de la même nature que nous, mais livré sans restriction à Dieu, pour Son œuvre. Dieu s'est servi de lui pour embraser Son peuple et pour amener une grande multitude à accepter Christ comme Sauveur et à Le sanctifier comme Roi et Seigneur de leur cœur.

Finney nous a aussi procuré, par le moyen de sa plume, les principes de base de tout réveil religieux. C'est pourquoi il parle encore et n'a jamais cessé d'être en bénédiction à de nombreuses âmes. Le message de Finney, si viril, si logique et si loin de toute ambiguïté, se présente comme une réponse à ce besoin de réveil dont beaucoup d'enfants de Dieu sont aujourd'hui comme dévorés. (M. Weber, 1951 - préface à l'édition française des Discours sur les Réveils Religieux, Finney). Sans aucun doute possible, il fut une voix prophétique pour l'Amérique du 19e siècle. Son ministère produisit en toute logique des réveils, même dans des endroits considérés comme très durs et hermétiques à l'Evangile.

Comme le prophète Jérémie, Charles G. Finney fut oint de Dieu pour « arracher » et « planter » dans la vigne du Seigneur (Jérémie 1 :10). C'était un homme d'intense prière, de pureté et de passion. Dénué de tout ego, il était rempli du Saint-Esprit. Ses sermons étaient des éclats de chaîne, déversant des sentiments de conviction dans les cœurs des sceptiques les plus endurcis. Simple comme un enfant dans sa façon de prêcher, il décontenançait parfois ses auditeurs uniquement par ses prières. Il pouvait clamer les jugements de Dieu sur le péché avec la force du tonnerre et dans une grande liberté, pour présenter ensuite la miséricorde de l'Evangile avec tendresse et larmes.

Sans aucun doute possible, il fut une voix prophétique pour l'Amérique du 19e siècle. Son ministère produisit régulièrement des réveils, même dans des endroits considérés comme très durs et hermétiques à l'Evangile. L'autobiographie de Finney est remplie de récits relatant de puissantes manifestations du Saint-Esprit. A une certaine occasion où Finney prêchait dans un bâtiment scolaire, « soudainement une atmosphère de solennité terrible tomba sur l'assemblée et les chrétiens de la congrégation tombèrent de leurs chaises, pleurant pour obtenir miséricorde. » Finney déclara : « Si j'avais eu une épée dans chaque main, je n'aurais pas pu les frapper aussi vite qu'ils ne tombèrent. Je crois que toute l'assemblée était à genoux ou dans un état de prostration au bout de deux minutes. » Les cris et les pleurs des gens étaient si forts que l'exhortation que donna Finney à se confier dans la miséricorde de Christ n'était même pas audible.

 

Finney semblait si rempli de l'Esprit Saint que les gens étaient souvent amenés à la conviction de péché rien qu'en le regardant. Lors d'une tournée d'évangélisation à Utique, New York, il visita une grande usine. En le voyant, un des employés, puis un autre et encore un autre s'arrêtèrent de travailler et pleurèrent sous la conviction de leurs péchés, et finalement le nombre de personnes qui pleuraient et gémissaient fut si important que les machines durent être arrêtées pour laisser à Finney le soin de les conduire à Christ.

 

Finney semblait détenir le pouvoir d'imprimer dans la conscience des hommes la nécessité d'une vie vécue d'une façon si sainte qu'elle devait produire des fruits durables. " Plus de 85 % des personnes converties à Christ lors des réunions de Finney restaient attachés à Dieu, alors que 70 % de ceux qui avaient professé Christ dans des réunions tenues par un évangéliste même aussi illustre que Moody devenaient par la suite des rétrogrades.

De tels résultats furent le fruit d'heures et d'heures de prière. Ce n'était pas les prières de Finney seul qui assurèrent de tels réveils envoyés du ciel. Finney était soutenu par les prières de deux dons cachés de Dieu. C'était l'intercession cachée et cependant puissante du Père Nash et d'Abel Clary qui posa les fondements et prépara le terrain à ces puissantes visitations de Dieu. " Abel Carry s'était convertit à peu près à la même période que Finney et avait reçu une formation qui lui permettait de prêcher également, mais il avait un si lourd fardeau de prière qu'il ne pouvait prêcher beaucoup. Tout son temps et toutes ses forces étaient consacrés à la prière. Il gémissait et soupirait dans l'agonie, incapable de rester debout sous le poids."

livre8Après la mort de Clary, Finney découvrit le journal de prière de Clary. Finney s'aperçut que l'ordre exact dans lequel le fardeau avait été déposé sur le cœur de Clary correspondait à l'ordre suivant lequel s'étaient manifestées les bénédictions déversées sur son ministère.

Le Père Nash vécut une vie d'intercession presque continue. "Il se joignait à Finney, entretenait une liste de prière et était sans nul doute le secret en grande partie du merveilleux succès de Finney. Il ne prêchait pas et bien souvent n'assistait pas aux réunions, mais il restait dans sa chambre, ou dans les bois, luttant avec Dieu dans une prière puissante. Souvent avant le crépuscule, on pouvait entendre à plus de 500 mètres à la ronde le Père Nash prier dans les bois, ou dans une église, et le sentiment de la présence de Dieu était incroyable.

L'Eglise doit faire plus que d'avoir de l'estime pour l'histoire d'hommes tels que Charles Finney, le Père Nash et Abel Cary.

Si nous désirons expérimenter un réveil, nous devons nous repentir et pratiquer les vérités qu'ils ont proclamées : vérités d'une vie sainte et pure ; vérités d'une intercession secrète et d'un amour inconditionnel pour Jésus !

Source: The Watchword

 

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