De grandes églises multitudinistes se vident, des églises évangéliques de professants stagnent, tandis que des églises genre «music-hall », et celles qui présentent du sensationnel, augmentent leurs effectifs, parce qu'elles offrent des divertissements et de l'ambiance, ce qui répond apparemment aux besoins de l'homme de notre époque. Ces dérivatifs agissent comme une drogue. Une publication évangélique allemande (lDEA-Spektrum) titrait dernièrement en grandes lettres et en première page : « Volle Kirchen nur durch Attraktionen ? » («Des églises remplies, seulement par le moyen d'attractions ? ») avec un article intitulé : « Muss Gottesdienst Spass machen ? » (« Est-ce que le culte doit être divertissant, ou amusant ? »). Voilà la question ! En d'autres termes, est-ce que la Parole de Dieu ne suffit plus ? Il est pourtant écrit qu'elle est «vivante, plus tranchante qu'une épée à deux tranchants, pénétrante jusqu'à partager âme et esprit, jointures et moelles ; elle juge les sentiments et les pensées du coeur» (Héb. 4 : 12). Ou alors ne serait-elle plus prêchée fidèlement, intégralement, par la puissance du Saint-Esprit ? Il se pourrait aussi qu'elle ne soit plus reçue par une génération composée surtout d'irréligieux ou d'insensibles aux choses de Dieu... aimant le plaisir plus que Dieu, tout en conservant encore une apparence de piété (2 Tim. 3 : 1-5). La Parole de Dieu dénonce le mal en appelant le pécheur à la repentance et au changement de vie par la foi en Jésus-Christ. Or, cela rebute l'homme naturel qui préfère entendre des choses plaisantes (2 Tim. 4 : 3) par... « un chanteur agréable, possédant une belle voix, et habile dans la musique » (Ez. 33 : 32).

Aussi la tactique actuelle de beaucoup de mouvements et de médias est-elle d'essayer d'attirer les personnes étrangères à la foi, et surtout les jeunes, en leur présentant l'Evangile « emballé » au goût du jour.1*C'est ainsi qu'on a recours au spectacle théâtral et musical («Zone vive»), à la Méga musique avec 100 % d'action et 25 000 volts présentant la vie entière comme une pièce de théâtre dont nous sommes les metteurs en scène et les acteurs. Pas de questions posées par les vieux!. . . C'est cool, c'est un peu fou et en plus c'est international» (Prospectus Street 97 d'«Opération Mobilisation »). Une folie internationale (!), n'a-t-on vraiment rien d'autre à proposer à la jeunesse d'aujourd'hui ? Alors on lui offre des orchestres avec batteries, des meetings de masse, des campagnes avec production de stars et d'artistes avec pop, rock, dance, techno, ambiance survoltée,2*mimes, pantomimes, déguisements, clowneries, etc. Les responsables d'un nouvel émetteur chrétien fonctionnant 24h sur 24 à Berlin3*veulent garder les deux pieds sur terre et désirent atteindre les personnes étrangères aux églises en leur apportant ce qu'elles aiment entendre : musique, informations consacrées à l'actualité politique, économique, social, services, divertissements... et la Parole de Dieu. Un pasteur demande plus de sentiment, d'érotisme et de mystique au culte ! C'est donc le goût du public qui doit déterminer le genre de musique et de productions à présenter et le style d'émission à adopter!

Comment justifier cette évolution ?

a) Des cultures différentes

On en fait une question culturelle. La culture est un fourre-tout. Vu que les cultures sont diverses et variables à travers les âges on dit qu'il faut adapter la transmission de l'Evangile au monde dans lequel nous vivons et aux âmes que nous désirons atteindre. Il est vrai que les apôtres ont su adapter leurs messages aux Juifs et aux Grecs. En prêchant le même Evangile Pierre a abordé autrement les Juifs à Jérusalem que Paul les Athéniens et l'Aréopage. Dans leur présentation du divin message Christ et les apôtres ont tenu compte de l'arrière-plan religieux, culturel et social des uns et des autres sans utiliser toutefois un quelconque art musical ou théâtral juif, romain ou grec pour amorcer leurs auditeurs.

b) Les bonnes intentions !

L'intention d'utiliser toutes sortes de techniques peut être bonne, mais est-ce qu'on n'en arrive pas ainsi à appliquer le principe attribué aux Jésuites exprimé en ces termes : « la fin justifie les moyens » ? On dit que tout est en mutation dans tous les domaines et que les églises n'échappent guère à cette évolution. On pense qu'il faut abandonner les vieux clichés et les méthodes désuètes si l'on veut promouvoir la croissance des églises et gagner le monde. Mais où est-il écrit que nous devons gagner le monde en nous y conformant? Jésus a dit: «Que servirait-il à un homme de gagner le monde entier, s'il perdait son âme ? » (Mat. 16 : 26), Est-ce que les églises ne risquent pas aussi de perdre leur « âme » en voulant gagner le monde ? Ne serait-ce pas plutôt le monde qui est en train de gagner les églises ?

c) La Bible

On cherche même à justifier certaines pratiques par des textes bibliques. Pourquoi n'utiliserait-on pas la danse et des orchestres bruyants avec des instruments à percussion pour animer le culte chrétien, puisque le Psaume 150 parle bien de trompette, de luth, de harpe, de chalumeau, de tambourin, de cymbales retentissantes avec lesquels on louait l'éternel ? Mais le culte juif comportait beaucoup d'autres éléments (autel, sacrifices d'animaux, encens, vêtements sacerdotaux...) dont on ne trouve plus aucune trace chez les premiers chrétiens qui «persévéraient dans l'enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières » (Actes 2 : 42). Par leur témoignage oral et vécu ils trouvèrent grâce auprès de tout le peuple. Tout cela serait-il devenu insuffisant aujourd'hui, ou ne le vivons-nous plus avec assez de ferveur pour que les coeurs en soient touchés? A moins que nous nous trouvions déjà dans ces derniers temps de séduction et d'apostasie où même ceux qui font profession de connaître Dieu le renient par leurs oeuvres (Tite 1 : 16).

d) Le succès !

Un journal rapporte que seule une vingtaine de personnes assistaient encore il y a dix ans au culte dominical de l'église protestante Middle Collegiale de New York. Aujourd'hui l'auditoire s'élève de nouveau à plus de 200 personnes, anciens membres d'Églises catholique, épiscopale, baptiste, méthodiste..... dont un tiers sont des homosexuels ! D'où est donc venu ce regain d'intérêt conduisant à une congrégation «oecuménique» aussi hétérogène ? On a proposé des services de garderie d'enfants après l'école et de l'aide aux malades du sida, on a organisé des concerts de jazz sur les marches de l'église. Mais comme disait quelqu'un : « L'essentiel, c'est que l'essentiel demeure l'essentiel ! » Le service d'entraide est, certes, une bonne chose, et il est possible que certaines églises ne le pratiquent pas assez. Or, l'essentiel, c'est quand même qu'on ose encore parler du péché et appeler tout homme à la repentance et à la foi en Jésus-Christ, crucifié et ressuscité pour la justification des pécheurs. Rendons service autant que nous le pouvons, mais proclamons pardessus tout le Salut en Christ, tout en dénonçant le mal sous toutes ses formes, y compris l'hypocrisie, l'avarice, le légalisme, l'adultère, le concubinage, l'homosexualité, etc., toutes choses que la Parole de Dieu condamne. Il ne semble pas que cela se fasse dans cette église dont un tiers sont des homosexuels ! Il y a manifestement des églises «ouvertes» à tout vent, sans confession de foi précise, sans discipline, où tout venant est reçu sans autre, quels que soient ses vues, sa vie ou son comportement moral. Et ce relâchement ne date pas d'aujourd'hui. Il y a déjà plus de vingt ans que la « mixité » se pratiquait dans des colonies de vacances «chrétiennes» et camps de scouts, où l'on distribuait des pilules contraceptives aux filles qui partageaient les tentes avec les garçons.4*La mode a passé aux préservatifs. De plus en plus de jeunes vivant en concubinage utilisent ce procédé pour n'avoir pas à prendre d'engagement à vie et à élever des enfants. Les jeunes chrétiens sont exposés aux mêmes tentations. Il n'est pas étonnant que la dénatalité s'accentue dans nos pays occidentaux.

Le succès de l'« ouverture », de l'élargissement et de l'abandon d'une éthique biblique ferme est évident. Mais succès n'est pas synonyme de conversion, de régénération et de croissance spirituelle. Il ne nous appartient pas de nous prononcer sur les résultats spirituels effectifs, car Dieu ne saurait être limité dans son action par des initiatives et des infidélités humaines. Mais bien des serviteurs de Dieu souffrent de constater la superficialité des « conversions » obtenues là où les portes ont été élargies et les exigences divines méconnues afin de faire grandir numériquement une église et d'augmenter ses ressources financières... Ce n'est finalement pas le succès qui compte, mais le fruit qui demeure. Il semblerait que si l'on voulait rétablir dans les églises, les groupements, les colonies de vacances et les camps de jeunes une véritable éthique chrétienne avec l'indispensable discipline, les églises fondraient et les jeunes s'en iraient ! Voilà où nous en sommes arrivés à la fin du deuxième millénaire à force de vouloir nous conformer au monde pour le gagner, plutôt que de nous laisser transformer dans notre intelligence pour que nous discernions quelle est la volonté du Seigneur, ce qui est bon, agréable et parfait à Ses yeux (Rom. 12 : 2), même si cela devait être déplaisant aux yeux des hommes, voire de certains chrétiens.

Conclusion

On cherche donc manifestement à s'adapter à la nouvelle mentalité et beaucoup d'églises , sacrifient à cette mode sous prétexte de pouvoir ainsi mieux atteindre l'homme de la rue et ' le jeune blasé qui ne s'intéressent pas autrement aux réalités spirituelles. À l'instar des apôtres nous devons assurément tenir compte de la connaissance - ou de l'ignorance - de nos auditeurs afin de nous faire bien comprendre. Mais les apôtres n'ont jamais essayé de distraire leur public, de le piéger (1Cor. 7 : 35) ou de l'amorcer par toutes sortes d'astuces ou de ruses (2 Cor. 12: 16), ce dont on avait, semble-t-il, faussement accusé l'apôtre. Pas de musique mondaine, pas de danse, pas de distractions (1 Cor. 7 :35) et de paroles flatteuses (1 Thess. 2 : 5), de «discours persuasifs de la sagesse » (1 Cor. 2 : 4), de féminisme (1Tim. 2:12), d'annonces de miracles et de guérisons. Ils n'ont pas introduit dans leur service des divertissements en imitation de ce qui se faisait dans le monde gréco-romain. Le goût des auditeurs païens n'a pas déterminé leur forme de prédication et de témoignage. Pourquoi devrait-il en être autrement aujourd'hui ? Matière à réflexion pour ceux qui sont disposés à rechercher la pensée du Seigneur dans les Ecritures et qui osent aller à contre-courant, par une impérieuse nécessité.

J. Hoffmann


1 Voir « Le Matin Dimanche » sous : « Le supermarché de la religion» «Services au goût du jour»

2 Voir « Festival Groupe de jeunes » BN 5/96 p. 170

3 « Radio Paradiso ». OUC (« Die Gemeinde » 6/97).

4 « La mixité » Dr. E. Louendin (Le vrai scoutisme) « Document » No 20 - 1975. Cité dans « La crise de l'éthique » (Association Vaudoise de Parents Chrétiens), texte reproduit dans les BN 4/ 76 et 5/76 sous « La nouvelle morale».

* Source: La Bonne Nouvelle 5/97

 

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Le texte a été adapté pour une Eglise Protestante, mais est tellement d'actualité pour de nombreuses Eglises Evangéliques...